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Ecrits sur l'Art

Ecrits sur l'Art

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Sur l'Art et d'autres histoires (par Hamid Bouhioui)

La concentration
(num.1 BOUHIOUI) 06 octobre 2007
Tenez, que pensez-vous de la concentration dans le travail de l'artiste ? Parmi les gens que je connais, en tant qu'artiste mais aussi en tant que scientifique, j'ai remarqué que les plus prolifiques sont ceux qui arrivent à se concentrer facilement. La plupart m'ont dit qu'ils se sont forcés à apprendre à se concentrer et que c'est quelque chose qui se travaille.
Les gens qui réussissent à se concentrer facilement disent qu'ils ont dû apprendre à ne pas laisser les petites distractions de la vie interférer avec leur travail. Ils ont pris l'habitude de faire un plan d'action et de l'exécuter calmement car ils ont une vision globale de ce qui doit se faire.
Le manque de concentration mène à l'echec, que ce soit en business ou en art.
BOUHIOUI
Peintre/ professeur univ.
‘In Morocco: it's not what you know, it's whom you know'
 

 


L'art et la folie
(num.2 BOUHIOUI) 13 octobre 2007
Dernièrement un chercheur de Toronto au Canada (Louis Fornazari) a dit que la créativité et le début de démence (déraison ou folie) sont un peu liés. Il a dit que l'art devrait être considéré comme une fonction cognitive à part entière avec son propre réseau de neurones ! wa le3jeb !
Il a découvert aussi que les peintres, les musiciens et les écrivains qui développent des désordres mentaux peuvent continuer à être compétents dans leur art pendant un certain temps après avoir perdu les autres facultés. C'est un peu comme le disque dur d'un PC qui serait vulnérable aux attaques des virus mais qui aurait une carte independante pour l'art (moins vulnerable ou qui résiste plus longtemps...)
Maurice Ravel a composé le ‘Bolero' et d'autres œuvres importantes bien après sa folie qui avait commencé vers 1927 ! Apparemment chez nous les artistes, certaines techniques et méthodes de travail sont très ancrées dans notre système. En d'autres mots, le savoir-faire d'un artiste persiste plus longtemps que toutes les autres facultés.
Il y a pas mal de preuves de la persistence des facultés artistiques dans le cerveau humain. Il y a aussi une artiste peintre canadienne qui a continué à travailler de la même facon après être longtemps malade d'Alzheimer. Apparemment elle ne pouvait plus faire un simple dessin mais elle continuait à peindre avec la même technique... incroyable tous ca non ?
Je suis sur que certains d'entre-vous connaissent des histoires similaires à nous raconter...
Moi quand j'ai quitté mon travail de recherche pour Boeing et NASA en l'an 2000 pour avoir plus de temps pour la peinture, mes amis et ma famille m'ont pris pour un fou. J'avoue avoir eu des doutes, mais apparement je suis encore sain d'esprit car, en plus de ma faculté de peindre, j'ai gardé pas mal d'autres facultés (comme celle de beaucoup parler comme ici par exemple !)
Enfin bref, 3id mobarak sa3id et à la prochaine folie.
BOUHIOUI

 

 

Pour être artiste, il faut se comporter comme un artiste
(num.3, BOUHIOUI) 20 octobre 2007
Pour être artiste, il faut agir de manière artistique. Du moins, c'est mon opinion. Je sais que ce n'est pas une vérité universelle mais j'ai un peu refléchi avant d'écrire : c'est la moindre des choses lorsqu'on s'adresse à des artistes...
Il y a un francais (Pierre Dac) qui a dit ceci ‘Rien ne sert de penser : il faut refléchir avant'.
Alors voilà, je pense (après reflexion  bien sur) qu'il y a en gros deux aspects que l'artiste doit satisfaire : le premier est en rapport avec sa personnalité et le deuxième avec sa technique de peinture (permettez-moi de ne parler que de la peinture que je connais mieux que les autres arts)
Concernant la personnalité :
· L'artiste est honête, car il n'a pas besoin de faire plaisir à qui que ce soit pour s'attirer d'éventuelles faveurs.
· L'artiste est ce qu'il y a de plus libre sur la terre. Même plus libre qu'un animal sauvage inconscient (Ce qui est possible car en tant qu'humain moderne il bénéficie d'une certaine protection, assurée par ses pairs...)
· L'artiste est un peu  mal-élevé car il n'en fait qu'à sa tête.
· L'artiste est fou car il est capable de laisser tomber la sécurité du travail ou de la famille et se lancer dans l'aventure de l'art qui, souvent, est un domaine ingrat. Là, je parle en connaissance de cause...
· L'artiste ne peut pas faire de la politique car pour être politicien, il faut être acteur, manipulateur et peut-être mépriser secrètement les gens.
· L'artiste respecte tous les gens quelle que soit leur condition sociale. Il ne fonctionne pas en termes de classes sociales. Et là je dis souvent ceci: ‘Si tu te considères supérieur à quelqu'un, alors tu te considères forcément inférieur à quelqu'un d'autre'. C'est cela, fonctionner en termes de classes pour moi...
 Concernant la technique :
Pour peindre un bateau par exemple, il ne suffit pas de le reproduire, il faut peindre le bateau le plus ‘bateau-esque' que vous puissiez sortir de votre imagination...
Il faut oser les formes, les couleurs et les matières. Il faut défier la nature. Pour cela pensez à ceci en peignant: Elégance, fonction, forme, abstraction, mystique, douceur, simplicité, brillance, et surtout intégrité de la ligne (la composition)
J'ai vu le travail de Mahi Binebine hier à Bab Rouah à Rabat et j'ai pu y détecter au moins ceci : Elégance, simplicité, abstraction, mystique et forme. Son travail ne m'a pas laissé indifférent...
BOUHIOUI
‘It's not what you've got, it's what you do with it'

 

 

Le contexte
(num.4, BOUHIOUI) 27octobre 2007
Je me pose une question:
Sont-ce les œuvres de qualité qui font les grandes galeries ou bien plutôt les galeries de qualité qui rendent les œuvres ‘grandes'?
Combien de fois je me suis demandé comment certaines œuvres ont pu être accrochées fièrement dans certaines grandes galeries !
Vous arrive-t-il de vous demander quelle est la différence entre une œuvre oubliée dans le sous-sol de quelqu'un et une autre dans une galerie du minstère?
A mon avis, le contexte y joue un rôle, et pas des moindres. Si vous accrochez une œuvre insignifiante à Bab Rouah, cette dernière sera certainement admirée et respectée (peut-être même achetée...)
Par contre, sortie d'un contexte favorable, une œuvre importante pourrait devenir insignifiante ! J'ai la quasi-certitude que la jocande (la vraie) ne vous apporterait même pas 50dh si vous essayiez de la vendre dans le souk d'un patelin perdu...
J'adorerais faire le test un jour !
Ca me fait penser à un violoniste americain reconnu, qui a fait une expérience très interessante dans ce sens :
Lui qui gagne environ 1000$ par minute lorsqu'il performe dans un contexte normal, a eu l'idée de se déguiser en mendiant et d'aller jouer avec son violon dans une station de metro.
Pas un passager n'a remarqué que sa musique et sa technique étaient exceptionnelles. Certains ont eu la bonté de lui jeter quelques centimes dans la boite de son violon dont la valeur est estimée à 3millions de dollars.
A la fin de la journée il avait ramassé à peu près 40$...
Je ne sais pas si je vais être hors-sujet ou pas, mais mon blabla me pousse à vous dire une phrase de Andy Warhol « Good art is what sells » qui signifie : Le bon art c'est ce qui arrive à se vendre.
Et moi je dis ‘Art keeps men awake' qui signifie ‘L'art tient les gens en éveil' Bouhioui
Bonne semaine à tous.
BOUHIOUI
‘Art keeps men awake' Bouhioui

 

 

L'information n'est pas une tarte qu'on partage...
(num.5, BOUHIOUI) 03 novembre 2007
L'année dernière, les artistes plasticiens devaient se réunir à Mohamedia pour discuter de la carte d'artiste et autres choses dans le cadre du syndicat des artistes plasticiens du Maroc.
J'avais appris la nouvelle la veille par un pur miracle.
Dans le train qui arrivait de Rabat, un des artistes peintres qui allait à Mohamedia en a rencontré un autre qu'il connaissait bien.
Il va de soi qu'il n'allait pas l'informer de l'évenement de peur de.... (franchement, je ne sais toujours pas de quelle peur !) Puis il lui demanda où il allait. Le second artiste repondit qu'il allait à une g'naza (un enterrement !!). J'aurais trouvé un mensonge plus gai...
Une heure plus tard, nos deux artistes se sont retrouvés dans la réunion du syndicat! Ni g'naza, ni rien. Juste cette obsession du non-partage qui règne chez-nous pour, je ne sais quelle raison comme si, en donnant une information, on perdait quelque chose.
L'information n'est pas une tarte qu'on partage et dont les parts se réduisent en fonction du nombre. Informer les gens est un geste élégant et respectueux, réalisé par des gens civilisés qui réflechissent un peu.
Pour joindre l'acte à la parole, j'aimerais vous informer tous qu'il y aura un évenement artistique en angleterre en juillet prochain. L'organisateur m'a demandé de réunir un certain nombre d'artistes plasticiens marocains et de lui envoyer leur CV et photos des œuvres pour en choisir quelques-uns. Ma mission (et c‘est du volontariat) consiste uniquement à lui communiquer vos dossiers. L'évenement a l'air d'être sérieux, mais je ne m'engage en rien. Si vous voulez y participer, vous m'envoyez un CV et des photos de vos œuvres que je lui transmets. Si vous préferez vous adressez directement à l'organisateur, je dois lui demander la permission car, justement il veut éviter d'avoir affaire à beaucoup de gens.
Il y a aussi un concours de peinture pour l'institut du monde arabe à l'occasion de ses 20 ans. Il faut envoyer vos dossiers avant le 15 novembre. Je sais que c'est un peu court, mais je viens juste de l'apprendre hier par hasard en déjeunant avec l'artiste Nabili! Consultez le site www.imarabe.org ou bien allez directement à http://www.imarabe.org/prat/20ans/20ans_concoursartistique.html , imprimez les documents et bonne chance.
Bonne semaine à tous.
BOUHIOUI
PS : C'est bizarre, je n'ai pas l'impression d'avoir perdu quelque chose...

 

 

L'intelligence créative
(num.6 BOUHIOUI) 10 novembre 2007
Si vous êtes mathématicien ou physicien de haut niveau, on vous considère comme très intelligent. Si vous êtes historien ou sociologue de haut niveau, on respecte votre intelligence et votre culture, mais généralement, sans plus. C'est une réalité comme vous le savez. Je n'invente rien là!
C'est Einstein, le théoricien de la physique qui est devenu le symbole de l'intelligence et non pas des génies comme Van Gogh ou Picasso. Et pourquoi pas Muhammad Ali Clay ? Oui le boxeur dyslexique. Un personnage très intelligent. N'a-t-il pas battu des mastodontes, trois fois plus musclés grâce à son intelligence ? N'a-t-il pas révolutionné les rapports entre sport et media ?
J'ai l'impression qu'on confond souvent l'intelligence d'un individu avec sa capacité à jongler avec les abstractions.
Mon penchant naturel pour le nomadisme m'a fait rencontrer des gens de toutes les couleurs, toutes les races, et de toutes sortes d'intelligences. Des gens normaux mais aussi des génies et des légumes, des anges et des crapules, des gens doués en philosophie et d'autres en business, des gens doués dans l'art de la bienfaisance et d'autres dans celui de détourner l'argent public.
J'ai la ferme conviction qu'il n'y a pas une, mais des dizaines d'intelligences différentes.
Quand j'étais lycéen, j'ai fait une rencontre qui a changé ma perception de ce phénomène. J'ai rencontré un fellah analphabète capable de résoudre mentalement des équations du second degré. C'était toujours des problèmes de nombres de vaches et de poules mais il fallait que je fasse appel à tout l'arsenal mathématique dont je disposais à l'époque pour vérifier ses résultats. Analphabète mais d'une intelligence inouie.
Je pense que dans notre passion qui est l'art il y a une autre sorte d'intelligence : celle de créer à partir de rien. Cette capacité qui n'est pas donnée à tout le monde, pourrait être qualifiée d'intelligence créative (ou ‘créatrice', mais j'aime un peu moins)
Comme dans tous les domaines de la vie, il y a dans l'art aussi des degrés plus ou moins élevés d'intelligence. Alors que certains artistes doivent se creuser les méninges pour créer, d'autres le font avec une facilité qui met mal à l'aise.
C'est une histoire de neurones et de connextions entre-eux.  Plus on travaille, plus on crée de connexions entre ces cellules nerveuses et donc on devient de plus en plus intelligent dans le domaine. L'intérêt et le travail inlassable stimulent, et renforcent l'intelligence (si vous êtes neurobiologiste, critiquez-moi gentiment !)
La créativité est donc probablement un autre type d'intelligence qui a été stimulé, nourri, entretenu durant des années pour donner naissance à cette facilité.
Il n'y a pas de mystère : il faut travailler !
Bonne semaine.
BOUHIOUI

 

 

Pourquoi achètent-ils ?
(Num. 7 BOUHIOUI) 17 novembre 2007
Je me pose une question de temps en temps: qu'est-ce qui pousse les gens à acheter des œuvres d'art ? Ne vous arrive-t-il pas de vous demander qui achète vos œuvres  et pourquoi?
Parmi les raisons qui viennent rapidement à l'esprit il y a celles-ci :
· Ils achètent parce que cela correspond à la classe sociale idéale à laquelle ils aspirent.
· Ils achètent pour investir.
· Pour accrocher sur leur mur le même artiste que des gens importants.
· Par ‘instinct de troupeau'. Ils font comme tout le monde.
· Ils achètent pour l'amour de ‘bien dépenser' leur argent.
· Ou simplement parce qu'ils aiment votre travail.
Mais justement, là est la question : Pourquoi on aime ou on n'aime pas ?
À force de fréquenter les galeries et les vernissages (essentiellement à l'étranger, car chez-nous on annonce souvent les vernissages au passé composé), j'ai rencontré des gens dont les raisons sont diverses et variées.
J'ai vu une dame acheter une toile parcequ'elle adorait une petite tache en rouge vif de la taille d'un dirham. Ca fait cher la tache ! Une hôtesse de chez Air-Canada m'achetait une toile à chaque exposition parce que ca lui ‘rappelait sa jeunesse'. Moi-même, j'ai adoré une toile que peu de gens aimaient. Je l'ai achetée à cause de la facon dont un des deux personnages représentés tenait sa tête. Un peu inclinée, comme par timidité.
Simone de Beauvoir disait que : ‘acheter est un profond plaisir'.
Andy Warhol disait que  ‘le succès fait vendre'.
Quelqu'un d'autre m'a dit un jour que lorsqu'on connaît l'artiste, on achète ses œuvres sans trop juger son art. Et un artiste marocain qui vend bien m'a dit que c'est ‘la qualité' qui fait vendre.
On se rend compte que la question n'est pas simple.
On a souvent tendance à vouloir rationnaliser les choses, mais je pense que c'est beaucoup plus complexe que cela. Beaucoup de gens sont incapables de vous expliquer exactement ce qui les motive.
Ce sont souvent des expériences personnelles qui connectent les gens à votre travail. Beaucoup de facteurs y interviennent.
Le jeu de l'art est ainsi. Il comprend beaucoup de choses telles que les sentiments, les connexions, les joies, les amitiés, les souvenirs, les amours, le goût, l'honneur, l'acquisition, l'instinct de collecter, l'acceptation sociale, l'investissement, et j'en passe.
C'est pour cela que l'expérience est tellement riche, variée et mystérieuse.
Bonne semaine
BOUHIOUI

 

 

L'art et la culture
(Num. 8 BOUHIOUI) 24 novembre 2007
Il ne suffit pas de ‘peinturlurer' n'importe quoi et l'appeler ‘art abstrait'. L'artiste doit posséder une philosophie cohérente, une vision et des arguments. Pour le novice, Jilali Gharbaoui par exemple ne faisait que gribouiller; mais lorsqu'on a une idée plus précise sur ses idées et ses motivations, on respecte l'artiste.
Pour une réussite globale, le public aussi doit être averti et cultivé pour intéragir avec les créations. Si Marcel Duchamp vivait dans un environnement inculte, il n'aurait jamais pu exposer sa fameuse ‘fontaine' (en fait, un urinoir qu'on fabrique en série) et ainsi influencer définitivement l'art contemporain. Ailleurs, on l'aurait probablement lapidé.
L'art est bien développé en occident car les citoyens sont mieux préparés pour recevoir la créativité, même débordante... Ce n'est pas par hasard que les plus grands peintres sont français (Matisse, Gauguin, Monet...) ou ont vécu en France (Picasso, Van Gogh, Dali...) Ce n'est pas par hasard non plus que les plus grands philosophes (Nietzsche, Hegel, Heidegger ...) et les plus grands musiciens sont allemands ou autrichiens (Mozart, Brahms, Beethoven...)
La culture de l'art chez-nous reste limitée. On remarque très facilement que le citoyen moyen n'a généralement pas d'acitivités culturelles et pas de bibliothèque chez-lui ! Biensur il y a des exceptions et beaucoup de marocains sont très cultivés. Par exemple, mon amie Laila Chafai, une intellectuelle marocaine qui écrit dans un arabe exquis, possède des centaines de livres en arabe, en francais et en espagnol, qui tapissent tout son salon du sol au plafond.
Aujourd'hui la valeur des hommes, leur niveau économique, social et intellectuel se mesurent aux dimensions de leurs voitures.
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux arabes entre le 9ème et le 13ème siècles qui se mesuraient par la quantité de livres qu'ils détenaient. C'est sur qu'il n'y avait pas de voitures à l'époque, mais il y a avait les chevaux pur-sang et les harems. Et pourtant, c'est la valeur intellectuelle qui primait.
Ce n'est pas par la force mais grace à leur culture avancée que les Arabes d'alors ont introduit près de 4000 mots dans la langue espagnole et des centaines dans d'autres langues! Qui aurait pensé que la phrase banale suivante est 100% arabe :  « Une tasse de café sucré sur une table » ? Les mots d'origine arabe étant respectivement: Tassa, Kahwa, Soukkar, Tawila.
Ainsi Nasir-Eddin at-Toussi avait réuni quatre cent mille volumes pour son observatoire d'astronomie. Le calife fatimide du caire détenait une sorte de record avec pas moins de un million six cent mille volumes. La liste est très longue et les chiffres impressionnants, surtout lorsqu'on se rappelle qu'il n'y avait pas d'imprimeries.
Je ne suis pas de ceux qui rêvent de retourner à cette ‘belle époque' où nos ancêtres étaient rayonnants de culture et de savoir. Je souhaite simplement qu'on s'intéresse de nouveau aux livres chez-nous.
Les voyages dans le passé sont du domaine de la science-fiction. Et encore... ça se démode. Jusqu'à preuve du contraire, tous les êtres vivants vivent au présent et ne peuvent voyager que vers le futur.
Quel futur ? That‘s the question...
À bientôt.
BOUHIOUI
Quelques livres que je trouve intéressants :
1- Titre : ‘Théorie de l'art moderne'. Auteur : Paul Klee
2- Titre : ‘Réflexions sur l'art', Auteur : Azzam Madkour (Maroc)
3- Titre: ‘The Sociology of art. Ways of seeing' , Édité par: David Inglis et John Hughson. Il y a une traduction en arabe: sociologia alfann, toro9 li ro2ya, édition: 3alam alma3rifa, juillet 2007.
4- Titre : ‘Narcisse et Goldmund', Auteur : Hermann Hesse (Roman)
5- Titre : ‘Le soleil d'allah brille sur l'occident', Auteur : Sigrid Hunke
6- Revue : «Zon'Art» Seulement 2 numéros apparus jusqu'à présent. Souhaitons que celle-ci ne disparaitra pas...
7- Revue ‘Matrice des arts' Je n'arrive plus à la trouver...
8- Revue ‘Attachkil' que je ne trouve plus non plus...
9- Titre: La peinture des origines à nos jours, auteur: Anne Kieffer
(Si vous connaissez des livres intéressants, prévenez-moi svp. Merci)

 

 


La musique classique
(Num. 9 BOUHIOUI) 1er décembre 2007
Les civilizations se suivent et se ressemblent. Elles naissent, grandissent, stagnent, faiblissent et meurent. Chacune apporte de quoi améliorer la vie des humains mais aussi de quoi la détruire. La toute dernière, la civilisation européenne, a inventé la machine, la technologie sans fil, mais aussi les bombes nucléaires.
On peut être impressionné par les avions et les navettes spatiales mais il est possible d'imaginer mieux : un avion tout en matériaux composites, donc ultra-léger, avec un réacteur hybride qui fonctionne au solaire/hydrogène, ultra-silencieux, sans pilote etc...
Mais il y a, à mon sens un accomplissement européen qui est quasi-complet : c'est la musique classique (constatation très subjective évidemment)
Le point où la culture européenne a poussé les capacités des instruments musicaux m'impressionne toujours. Des concertos pour piano, pour violon, pour harpe, des symphonies, des opéras, etc. On a donné la chance à chaque instrument et laissé des artistes et des génies pousser leur effet à son paroxysme.
Au niveau du piano il y a Liszt qui est un technicien sans égal. N'importe qui peut constater qu'il est très difficile de jouer du Liszt. Mais c'est un peu comme une peinture qui ressemble parfaitement à une photographie : impressionnant, mais pourrait manquer d'intérêt. Puis il y a Mozart ou Chopin ; la simplicité et la beauté. On a l'impression quelques fois que Mozart joue au piano avec un seul doigt. Mais mon dieu que c'est beau (essayez ses concertos pour piano n. 20 et 23 par exemple. Des merveilles !)
Beethoven n'est pas seulement ‘lettre à élise' ou ‘hymne à la joie', c'est aussi les orchestres grandioses et les symphonies qui vous soulèvent de votre chaise. Chopin, c'est le massage intellectuel, la relaxation. Et Brahms, pour l'adrénaline quelques fois.
Il y en beaucoup d'autres que j'aime aussi mais relativement moins : Bach, Schubert, Tchaikovski, Schtrauss, et d'autres que je connais à peine comme Wagner ou Bruckner... Des artistes qui ont purifié la musique et sublimé l'instrument.
Il n'est pas aisé de parler de musique classique quand on n'est pas musicien ou musicologue et qu'on n'a pas le vocabulaire adéquat. Laissons donc ce choix personnel et très subjectif s'exprimer à ma place. Il y en a quelques-uns que j'ai pu trouver sur youtube.com (il existe diverses versions plus ou moins intéressantes)
Pour les autres, je vous donne seulement les titres plus bas.
Bonne semaine et Peace and love on earth.
BOUHIOUI
Mes préferés (en vidéo):
Mozart symphony num. 25
http://www.youtube.com/watch?v=2VD1SqWQXrE
Mozart Opera don Giovanni
http://www.youtube.com/watch?v=SotSKAYTyDw   (ouverture)
http://www.youtube.com/watch?v=Ue72gvJvpi8 (finale ?)
Brahms concerto pour piano num. 2
http://www.youtube.com/watch?v=R4OdswZ-Bv8
Chopin concerto pour piano num.1 (1er mouvement)
http://www.youtube.com/watch?v=JqrYCrDspgE
Beethoven concerto pour piano num. 5
http://www.youtube.com/watch?v=akc0v_KTZBM
http://www.youtube.com/watch?v=z05msAwxgSg (2eme mouvement, génial)
Je propose ceux-ci aussi :
Mozart :
 Symphonie n. 41 (celle reprise par Fayrouz, ‘ya ana, ya ana, ana wyak,...')
 Symphonie 26, superbe aussi
 Concertos pour piano n. 17, 19, et 22
 Opéras : les mieux à mon avis sont ‘la flûte enchantée' et ‘Don giovanni'
 Il y a un film sur sa vie ‘Amadeus' par Milos Forman (je l'ai vu au moins 30 fois)
Beethoven :
 Concertos pour piano n. 4 et 5 (grandioses)
 Symphonies 6, 7 et 8 (les plus connues étant 5 et 9 trop écoutées)
 Opéra : il n'en a qu'un ‘fidélio' que je ne connais pas.
Chopin :
Concertos pour piano n. 1 et 2 (le n.1 est magnifique, surtout le 1er mouvement qui dure une vingtaine de minutes)
Brahms :
 J'aime la symphonie n.1 (Commencement du 1er mouvement très fort, il faut
s'accrocher mais on ne le regrette pas)
Concerto pour piano numero 1 ou 2.
Il y en a beaucoup d'autres...

 

 

L‘art du nu
(Num. 10 BOUHIOUI) 8 décembre 2007
Il y a quelques jours j'ai eu un petit débat avec l'artiste peintre Hamid Kirane, connu pour ses nus depuis les années soixante, mais qui fait de bien belles autres choses. Un artiste d'une grande sensibilité qui se dit ‘marginalisé' au Maroc à cause de son penchant pour le ‘nu'.
Je me suis alors posé une question : Pourquoi est-ce que le ‘nu' est mieux accepté en occident ?
La première raison qui vient à l'esprit est que les Européens l'acceptent parce qu'ils se sont libérés complètement et que chacun a le droit de représenter ce qu'il veut, même ses désirs les plus profonds et ses instincts les plus basiques. Mais il n'y a pas que ca. Hamid Kirane pense que les Européens sont habitués au nu depuis les Grecs qui avaient excellé dans ce domaine.
Tout en étant d'accord avec lui, j'ajouterais ceci : Jesus-christ, le prophète des chrétiens n'est pas considéré comme un simple humain envoyé par dieu, mais plutot le fils de dieu lui-même. Donc un personnage divin, avec rien de plus sacré.
Et pourtant dans toutes les églises du monde, on voit la statue de jesus-christ nu, accrochée face aux fidèles (on prend généralemet soin d'en couvrir un strict minimum)
Malgré l'interdiction du nu comme dans les deux autres religions monothéistes, les occidentaux ont pris l'habitude de le voir et l'ont accepté. De là à accepter le nu au feminin aussi, il n'y avait qu'un pas. La beauté, c'est divin.
Je pourrais être à côté de la plaque dans ma petite analyse, mais ce qui est sur c'est que le nu n'est pas seulement accepté en occident, il est sacré, adoré et élevé au rang d'Art à part entière.
BOUHIOUI (www.bouhioui.com)
PS : Des livres proposés par Mustapha chafik (info recue par Email)
· Farid Zahi. L'art et ses médiations au Maroc, éd : Marsam, Rabat 2006
· Moulim Elaâroussi.  Tendances de la peinture contemporaine au Maroc, éd : Publiday, Casablanca 2003
· "L'art contemporain : mode d'emploi", Elisabeth Couturier, éd: Filipatchi 2004
Vernissage : Yamou expose ses œuvres à la galerie Noir sur blanc (Marrakech) du 14 décembre au 12 janvier 2008.

 

 

Artiste ou peintre ?
(Num. 11 BOUHIOUI) 15 décembre 2007
La semaine dernière une charmante galeriste à Casablanca m'a dit qu'elle était, elle-même ‘une artiste qui ne peint pas'. Une phrase simple, mais lourde de bon sens, qui a soulevé d'autres questions : Peut-on être peintre sans être artiste ? Ou encore être artiste non-pratiquant ?
Personnellement, j'en suis convaincu. C'est vrai qu'on rencontre des gens qui aiment l'art et qui ont toutes les conditions pour être ‘artiste' mais qui ne pratiquent pas. Des gens élégants, créatifs, honnêtes, libres, respectueux et qui ont parfois ce petit grain de folie qui les sort de l'ordinaire.
Certains ne pratiquent aucun art mais leur vie est une œuvre d'art.
De l'autre coté, (en ne parlant que de peinture) il y en a qui peignent mais qui sont méchants comme des taignes. J'en ai rencotré un qui est amer, ne sourit jamais, ne dis jamais de bien de personne, prétend avoir appris la peinture à tous les peintres de talents et se considère supérieur à tout le monde. Il vous dit du mal des autres et dit du mal de vous aux autres.
Mais il peint.
Alors quand on est à la fois artiste et pratiquant, on devrait peut-être mettre sur sa carte de visite : ‘Artiste et peintre'
Bonne semaine.
BOUHIOUI

 

 

Exposition à la « DÉCOUVERTE »
(Num. 12 BOUHIOUI) 22 décembre 2007
À 14 ans, j'étais au collège à Casablanca quand un professeur d'Arabe venu tout droit de Syrie, nous tombait sur la tête. Pas comme un objet qui vous fait mal au crâne, mais plutôt comme une bonne nouvelle, un vent de printemps qui vous rafraîchit l'esprit ou une pluie fine et vivifiante qui vous réveille et vous remplit d'énergie.
D'un seul coup, cette langue que les élèves trouvaient jadis ennuyeuse, presque fade et sans intérêt, est devenue belle, riche, colorée, mystérieuse et excitante. Il avait une façon unique de nous faire aimer la lecture, l'infini vocabulaire arabe, la poésie, et même l'écriture. Nous découvrions la poésie d'avant l'islam et aussi celle d'Almoutanabbi, le génie sans égal. Nous découvrions aussi la calligraphie!
Sur le tableau, notre professeur écrivait tous les titres et sous-titres en belles lettres calligraphiques que j'imitais assidûment. Un jour, ayant remarqué ma facilité à dessiner et à apprendre la calligraphie, il m'offrit de l'encre de chine et du beau papier pour préparer ma toute première exposition. J'ai alors travaillé dur pour impressionner tout le monde. Je me souviens d'avoir écrit sur la porte d'entrée de la salle des professeurs où se tenait l'exposition : ‘Entrée' en belle calligraphie arabe écrite sous forme d'un cercle.
Tout le reste de l'année scolaire, j'étais la star du collège. Puis d'un seul coup, en fin d'année scolaire, le professeur disparut à jamais. Nous retrouvions plus tard l'ennui habituel des cours de langue, le vide interstellaire, froid et noir où l'élève perd toute notion de direction ou de relief et donc d'intérêt.
Je n'avais plus que les génériques de la télévision nationale pour apprendre la calligraphie. Souvent, je les regardais jusqu'à la fin. Et c'était toujours signé ‘Qarmad', le grand calligraphe connu dans le monde arabe tout entier!
Comme les ordinateurs n'étaient pas encore bien développés, toute la calligraphie était exécutée d'une main de maitre par Qarmad.
À son insu, Qarmad devenait mon nouveau professeur de calligraphie.
Alors lorsque l'artiste sculpteur Ahmed Nour m'a proposé, il y a quelques jours, de contribuer à une exposition* collective à laquelle participera Qarmad, je n'ai pas hésité une seconde. Comment aurais-je pu hésiter à exposer à côté de ce grand monsieur dont le talent n'a d'égal que la modestie !
‘Aid Mobarak Said' et Bonnes fêtes de fin d'année à tous.
Peacefully yours.
BOUHIOUI
* Vernissage :
Le Secrétariat d'état auprès du Premier ministre, chargé de la jeunesse vous invite au vernissage de l'exposition des artistes : Mohammed QARMAD, Ahmed NOUR, Hamid BOUHIOUI, Aziz TOUNSI, Nacer ATTAOUI, Larbi RTAL et Jamal LAHRECHE, qui aura lieu le mercredi 26 décembre 2007 à partir de 18h00. (Calligraphie, peinture, sculpture et photographie)
Salle LA DÉCOUVERTE, rue Soussa (près de la préfecture de Rabat)

 

 


Confabulations
(Num.13 BOUHIOUI) 29 décembre 2007
Pendant qu'au Maroc, on sirote paisiblement du thé à la menthe accompagné de brochettes d'agneau par 20 degrés à l'ombre, ailleurs, la saison de santa-claus ou du père-noël bat son plein sous la neige. Un énorme mélange de business et de rêve. De réalité et d'imaginaire.
En fait, comme dans l'art, tout ce business du père-noël est une merveilleuse confabulation.
Pour les scientifiques, la confabulation est la confusion de l'imagination avec la mémoire ou encore, la confusion des vrais avec les faux souvenirs. Elle est liée à l'incroyable potentiel de l'imagination humaine.
Peut-être est-ce grâce à cette confabulation que l'art délivre son aspect féerique et toute sa magie ? A la fois dans l'art de l'art et l'art du père-noël, l'irréel devient une vérité profonde.
Les gens créatifs ‘recoivent' naturellement, d'une manière fantastique et spontannée, des idées bizarres ou des associations de choses qui n'ont rien de commun entre-elles. Le monde de l'art est plein de ce genre de choses. Il suffit de regarder par exemple certaines oeuvres de Gustave Klimt (Adele Bloch-Bauer I, Danae...) ou encore Paul Klee (La cité de rêve...) dont les idées vous enivrent et suspendent toute relation avec le réel.
N'est-ce pas de la magie ?
L'art sans confabulation n'est qu'un vulgaire produit. Des pommes de terre ou des chaussettes !
La confabulation qui provient du style, des idées, des symboles, des métaphores, des couleurs ou de, je ne sais plus quoi d'autre, est ce phénomène qui vous souffle de l'énergie, vous remplit de mystère et vous rend peut-être plus heureux et optimiste...
Bonne année 2008.
BOUHIOUI

 

 

Top 30 peintres
(Num.14 BOUHIOUI) 05 janvier 2008
Je suis tombé sur une classification des artistes les plus recherchés dans le monde. Les gens veulent connaître leurs œuvres et leurs histoires. Picasso est celui dont on est le plus curieux.
En prenant 100 visiteurs de Picasso comme référence, voici ce que ca donne :
1. Pablo Picasso----100
2. Vincent van Gogh----75
3. Leonard de Vinci----60
4. Claude Monet----58
5. Salvador Dali----50
6. Henri Matisse----42
7. Andy Warhol----41
8. Rembrandt----34
9. Peter Paul Rubens----33
10. Edgar Degas----32
11. Raphael----31
12. Wassily Kandinsky----31
13. Paul Cezanne----30
14. Pierre-Auguste Renoir----30
15. Marc Chagall----27
16. Titian----27
17. Joan Miro----26
18. Jackson Pollock----26
19. Goya----26
20. Michelange----26
21. Diego Rivera----25
22. René Magritte----24
23. Botticelli----23
24. Edouard Manet----23
25. Georgia O'Keeffe----23
26. Edward Hopper----23
27. Albrecht Durer----23
28. Caravaggio----22
29. Paul Klee----22
30. Frida Kahlo----22
BOUHIOUI

 


L'œuvre négligée
(Num.15 BOUHIOUI) 12 janvier 2008
Y-a-t-il un seul Artiste dans le monde qui n'aime pas montrer, exposer ou vendre ses œuvres?
S'il en existe un, alors il a bien réussi car personne ne le connaît!
Gibran Khalil Gibran disait à peu près ceci : l'artiste est comme un arbre fruitier. Si ses fruits ne sont pas consommés, ils pourissent dessus.
Oui l'artiste, par nature, aime être apprécié. Il aime montrer ses œuvres et s'assurer qu'elles attirent l'attention car la reconnaissance est vitale pour que la créativité ne lui pourisse pas dessus...
Avant chaque exposition, on choisit parmi ses œuvres celles qu'on considère être les meilleures.
Les meilleures? Qu'est-ce que cela veut dire?
En fait, on ne perçoit pas ses œuvres de la même façon que son public. Le public ne voit que l'œuvre finie alors que l'artiste connaît toute l'histoire de l'œuvre, de l'état embryonnaire dans sa cervelle jusqu'à l'accouchement. Il connaît toutes les étapes (bonnes ou mauvaises, faciles ou difficiles, agréables ou désagréables) par lesquelles l'œuvre est passée. Et c'est cela qui différencie son jugement de celui du public.
Combien d'artistes ont negligé des œuvres qui se sont avérées plus importantes?
Il y a quelques mois, un grand artiste (qui expose depuis plus de 30 ans!) devait exposer dans une petite galerie. Il tria une dizaine de ses ‘meilleures' œuvres et les exposa sans succès durant plusieurs jours. Sous la pression et les conseils de son épouse, il décida de les changer et de les remplacer par celles qu'il trouvait moins intéressantes avant l'exposition.
Elles ont eu un énorme succès!
BOUHIOUI

 

 


Science is not enough
(la science ne suffit pas)
(Num.16 BOUHIOUI) 19 janvier 2008
Quand on a à peu près tout vu en science et qu'on est encore ‘vivant', on peut s'ennuyer. On devine à peu près ce qui est devant soi, et ca peut devenir sans intérêt.
Nietzsche disait : ‘Lorsqu'il peut deviner ce qu'il y a derrière une porte, il refuse de l'ouvrir'.
En science on ne peut trouver que ce qui est trouvable. On ne peut découvrir que ce qui est réel et caché. Donc ‘découvrable' par un scientifique ou par un autre.
Je ne parle pas de l'utilisation de la science dans l'art (Dali s'inspirait des mathématiques, de la physique quantique et même de la génétique pour ses créations.) ni de l'art dans la science (les impressionnistes ont révolutionné certaines branches de l'optique telles que la notion de contrast!).
Je parle simplement des limites que représente la science pour un rêveur, un contemplateur, un artiste créateur. On a l'impression qu'on est dans un entonnoire, on se spécialise dans un sujet de plus en plus étroit. On s'engouffre. Certes on y rencontre de plus en plus de questions, mais on sait que les réponses existent dans le vent, il suffit de travailler plus ou moins dur pour les cueillir.
L'art par contre est plus large, plus libre, plus fou, insaisissable, incontrolable, imprévisible, infini, sans limite. C'est la communication créative d'émotions ou d'idées (Académiques, vous ne m'envoudrez pas cette définition simpliste !)
Ce qu'un artiste trouve est unique. La créativité n'a pas de limites. En cherchant dans exactement le même sujet, cent artistes pourraient créer cent œuvres différentes.
Dans l'art, plus on apprend plus on peut apprendre. Une sorte de cercle vicieux (ou plutot un cercle délicieux !). Ne dit-on pas que plus on aggrandit le cercle du savoir, plus la frontière avec l'inconnu est grande ? L'art permet de se poser des questions comme en sciences mais avec la liberté de trouver la solution la plus subtile, la plus appropriée.
On nage dans un océan infini ou l'on se sent libre de barboter à volonté. L'art est grand. L'art est infini. L'art est tout. Absolument tout dans l'existence. Tout le reste n'est que du passe-temps.
BOUHIOUI
‘Only art makes sense'. Bouhioui
PS: Permettez-moi une petite confession : « Science is not enough » (La science ne suffit pas) C'est la phrase que je me suis dite calmement en quittant mon laboratoire de recherche à Vancouver. J'avais presque tout fait. Un brevet international d'invention. De la recherche pour Boeing/NASA et bien d'autres choses. Certes, je continue à enseigner les mathématiques appliquées, mais j'en étais arrivé, au point où était arrivé celui dont Nietzsche disait : ‘Lorsqu'il peut deviner ce qu'il y a derrière une porte, il refuse de l'ouvrir'.
Réactions :
Salut,
Tu me fais penser aux « Brothers Purity » dans leur oeuvre « les 21 correspondances » ( je ne suis pas sur de l'intitulé c'est une traduction )  ou j'ai trouvé qu'ils ont abordé presque  toutes les disciplines scientifique mais sous l'angle religieux.. J'ai trouvé que le fond du  tableau de ce travail est une pure oeuvre artistique ; c'est comme cela que je peux saisir les idées et les propos scientifique. C'est une vraie gymnastique mentale mais découvrir les idées des autres pas avec des mots ; mais avec des couleurs, des sons, avec mes sens.
Il me faut une bonne dose de musique, ballet, Opéra, théâtre, cinéma, lecture de romans (auteurs de différentes nationalités) pour avancer dans mon travail scientifique non plutôt dans la vie. J'ai toujours vécu cela avec beaucoup de contraintes professionnelle, sociales. Mais c'est une trame d'existence; c'est ma trame de vie et je ne peux fonctionner qu'ainsi.
Je réponds à ta dernière question :
Je veux, non j'ai besoin de faire une visite virtuelle du « National Gallery » » à Londres.
C'est un lieux que j'aime beaucoup et ou je me sens un peu « chez moi ». C'est pas le chez moi matériel mais l'autre. Le « Chez moi » qu'on peut trouver, ou ne jamais trouver, dans toute une vie.
Merci pour tes messages qui font que les horizons ; de toutes choses ; se multiplient à l'infini. J'adhere à l'idée qui dit que le stade ultime aprés la science c'est la religion. Pour moi le stade ultime aprés la sceince c'est "l'art"  [A ne pas confondre avec athéisme] 
Bien a toi
Aicha Abbad

 

 

Couleurs du Maroc
(Num.17 BOUHIOUI) 26 janvier 2008
Lorsqu'on visite le Maroc pour la première fois ou après une longue absence, on est littéralement pris par une lumière riche, douce et presque enivrante. C'est très différent d'ailleurs. On a l'impression que les rayons vibrent !
Généralement cet agréable sentiment disparait dès que l'on rencontre la première moustache au volan d'un taxi aux tarifs de jet privé...
Mais on s'habitue et on revoit les magnifiques couleurs du pays.
Matisse qui visita le Maroc entre 1913 et 1914 a été ébloui par la nouveauté que ce pays représentait pour lui. Il a beaucoup parlé de sa lumière mais n'en a pas fait grand chose vu qu'il se dirigeait déjà vers le fauvisme. Mais les couleurs du Maroc lui ont donné l'occasion d'essayer de nouvelles choses dans un nouvel endroit.
Avant lui, vers 1832, Delacroix dégustait déjà cette lumière. C'était juste au début de ce qu'on allait appeler ‘orientalisme'
J'essaie d'imaginer l'enchantement de ces nombreux artistes qui ont choisi le Maroc comme source d'inspiration. J'essaie aussi d'imaginer l'enthousiasme et la magie qu'ils ont dû ressentir en découvrant cette lumière et ces couleurs si différentes de celles d'Europe ou d'Amérique!
Je me demande si Majorelle (venu vivre à Marrakech à cause de problèmes de santé vers 1919) aurait osé peindre de bleu et jaune sa demeure s'il était resté en France ! Une maison bleue, entourée de vert (jardins) presque sans transition. Il fallait oser. Il l'a fait et le résultat est surprenant! Pourtant J'ai appris chez les anglophones que : ‘blue and green should not be seen without another colour in between' (bleu et vert doivent être séparés d'une autre couleur)
Biensur les autres pays ont d'autres couleurs. J'en arrive à associer une ou plusieures couleurs à chaque endroit, bien que le soleil soit le même pour tout le monde.
La lumière du soleil est dite blanche, c'est-à-dire que son spectre contient toutes les couleurs possibles et imaginables (il y a quelques exceptions pour les physiciens) Ce qui change c'est le ou les objets sur lesquels cette lumière tombe ainsi que l'angle d'inclinaison de la lumière par rapport aux objets.
La terre rouge, orange, ocre ou jaune du Maroc ne réflechit pas les mêmes couleurs que celle, certes beaucoup plus fertile, mais marron-foncé ou noir d'europe ou d'ailleurs.
Il y a une grande différence entre la couleur de la lumière et celle de la matière sur laquelle celle-ci se refléchit.
Tiens ! ça me donne envie de parler de la différence entre la couleur de la lumière et celle de la matière. Un sujet très excitant. Espérons que je n'oublierai pas...
BOUHIOUI

 


Bamyan
(Num.18 BOUHIOUI) 02 février 2008
Il y a quelques années les talibans afghans détruisaient les statues de  bouddah de la cité de Bamyan.
Ils les avaient réduites en poussière pour des raisons tellement  absurdes qu'il est difficile de s'en rappeler.
C'est plus facile de mémoriser des choses logiques.
Le monde entier regrettait la perte de ce fabuleux héritage historique; un patrimoine de Toute l'humanité en fait.
Mais voilà, la cité de Bamyan n'avait pas dit son dernier mot. Des scientifiques viennent d'y découvrir des peintures à l'huile (représentant bouddah et d'autres créatures mythiques) dans une grotte.
Les chercheurs les ont datées du 7ème siècle! Ce qui en fait tout simplement les premières peintures à l'huile de l'histoire. Bien avant la déouverte de la peinture à l'huile en Europe.
- Savez-vous ce qu'est la différence entre la taille de l'Univers et celle de la bétise humaine?
- Réponse: On n'a pas la certitude que l'Univers soit infini.
Bonne semaine
BOUHIOUI

 

 

Le bonheur est dans la solitude occupée (Voltaire)
(Num.19 BOUHIOUI) 09 février 2008
Il y a des jours où l'on a besoin d'être seul. De réflechir, de créer, de se parler, de visiter son profond intérieur sans être interrompu.
Des jours où l'on a besoin d'être loin de la réalité. Loin des supermarchés, loin des informations télévisées, loin du bruit des enfants, loin des garagistes, loin des guichets automatiques, loin des pharmacies, loin de tout. Des moments où l'on ne tolère que son propre corps et ses propres pensées.
Voltaire disait que : ‘Le bonheur est dans la solitude occupée'.
Etre seul et occupé ! C'est exactement de cela qu'on a besoin quelques fois.
Avec un peu de chance, votre partenaire est assez conscient(e) du phénomène pour vous faciliter la vie, sinon c'est la mysère... l'artiste frustré, mécontent, qui pourrait créer mais qui n'y arrive pas.
Le problème est que même si votre partenaire est très compréhensif, il y a des jours où vous êtes en déphasage complet avec lui ou elle. Il leur arrive aussi d'avoir besoin de vous. Besoin de faire des courses, de s'informer, de vous laisser vous occuper des enfants, de réparer l'auto...
Le retour à terre. Escale régulière obligatoire ! Peu fréquente pour les artistes les plus chanceux.
Ce n'est la faute de personne. C'est juste comme cela ! Un passage obligé pour tous les artistes du monde. Mais aussi pour les moins artistes !
That's life.
BOUHIOUI

 

 

La lumière est couleur
(num.20 BOUHIOUI) 16 février 2008
L'autre jour à la fin d'un cours, une étudiante est venue me demander: 'Monsieur, c'est quoi la lumière ? Est-ce des ondes ou des particules? C'est quoi la couleur ?' Et comme je devais justement en parler ces jours-ci, voici le résumé de ma réponse.
La lumière est à la fois onde et particule (des photons) Les physiciens détectent effectivement à la fois les deux aspects, ondulatoire et particulaire. Elle fait partie des ondes dites électromagnétiques. Un peu comme les ondes radio, les rayons X et les ondes que recoit votre téléphone portable. Sauf que les fréquences sont différentes et que l'œil humain ne peut voir qu'une toute petite bande de fréquence située en gros entre le rouge et le violet !
Elle se déplace à la vitesse de 300 000 Km/seconde (environ 50 allers/retours Casablanca-Paris en une seconde !)
La lumière visible est donc celle dite blanche comme celle qu'on recoit du soleil et dont j'ai parlé il y a quelques semaines (d'ailleurs le soleil ne nous envoie pas que du visible !). Le physicien Newton réussissait il y a quelques siècles à montrer que la lumière blanche était composée de 6 couleurs (pensez à l'arc en ciel). Mais plus tard, un autre physicien (Young) montrait qu'il n'y en avait finalement que trois: le rouge, le vert et le bleu foncé (les couleurs-lumière primaires)
Observez votre écran de télévision et vous verrez qu'il ne produit que ces trois couleurs-là (des pixels), à partir desquelles il représente toutes les autres couleurs.
Quand on entend pour la première fois que le mélange des lumières, rouge et verte donne la couleur jaune, on est surpris. Et si on apprend en plus qu'en y ajoutant la lumière bleue on obtient de la lumière blanche on a envie de faire le test pour voir. Et vous pouvez le faire, ce n'est pas compliqué. Utilisez trois verres dans les trois couleurs...
Mais tous les peintres savent que mélanger de la peinture rouge (matière) avec de la verte donne de la matière marron et qu'en y ajoutant du bleu on reste à peu près dans les mêmes tons, c'est à dire du 'brun sale'...
La différence est que ‘la lumière est couleur' contrairement à la matière qui, elle, ne fait que réfléchir ou absorber la lumière qu'elle recoit (en réalité même la matière rayonne, mais c'est compliqué. En plus je pense qu'elle ne rayonne pas dans le visible. Les physiciens connaissent bien le phénomène du ‘rayonnement du corps noir'...)
Un citron est jaune car sa matière absorbe la lumière bleue et renvoie les lumières, rouge et verte. Ces dernières, en se combinant donnent la couleur jaune du citron. Une tomate absorbe la lumière bleue et la verte et réfléchit la lumière rouge. Par contre, lorsque vous mélangez de la peinture rouge avec de la peinture verte, la matière résultante n'absorbera pas nécessairement la seule lumière bleue. Et c'est pour cela que la peinture résultate n'est pas jaune.
A bientôt.
BOUHIOUI

 

 

Looserism
(mentalité de perdant)
(num.21 BOUHIOUI) 23 février 2008
Un artiste que je connais pour ses peintures abstraites a mis sur un site étranger des photos de ses œuvres, son CV et ses expositions. Jusque là rien d'anormal. Puis à la fin, il a mis des photos d'œuvres figuratives (de très bonne qualité technique) pour montrer qu'il est passé progressivement du figuratif à l'abstrait. Un peu comme beaucoup de grands peintres des temps d'avant.
Mais le problème est que ces œuvres figuratives ne sont pas de lui mais d'un autre peintre !
Un seul mot m'est venu à l'esprit : ‘looser!'
Bien sûr c'est un don du ciel que d'avoir à la fois une bonne technique et un esprit créatif, mais l'histoire nous rappelle que beaucoup d'artistes ont réussi avec des techniques moyennes, voire médiocres, grâce à leur créativité, à leurs idées et au bonheur de peindre.
En fait on oublie quelques fois un élément essentiel : la joie de peindre !
En plus du sens de l'observation, des considérations esthétiques, de l'honnêteté intellectuelle et de l'originalité, je crois que notre état d'esprit au moment d'appliquer la peinture sur la toile rentre en force dans l'œuvre finale. Et cela, notre audience le capte d'une manière ou d'une autre. Les gens sentent quelque chose qui traduit cet état d'esprit.
C'est probablement pour cela que tout le monde aime les dessins d'enfants. Même si leurs dessins sont simplistes ou distordus, les gens répondent toujours positivement et avec de l'intérêt.
Quand les enfants dessinent, ils le font strictement pour le ‘fun', pour le plaisir. Ils ne trichent pas. Ils s'amusent en dessinant. Et dès qu'ils perdent intérêt, ils laissent tomber et font autre chose.
On sent le plaisir qu'a eu l'enfant en dessinant, et ça nous touche.
Les artistes qui réussissent à intéresser les gens malgré une technique limitée sont ceux dont les œuvres reflètent le plaisir de peindre. Ca se sent d'une manière ou d'une autre.
Les artistes professionnels tombent souvent dans des histoires de délais, de dates limites, de commandes ou de quotas etc. Et ce n'est pas grave car cela fait partie du jeu. L'essentiel est de ne jamais oublier cet élément important pour l'artiste : le plaisir ;  la joie de peindre.
On doit se rappeler que c'est une chance d'être ce qu'on est. Une chance d'avoir la possibilité de créer. Une chance d'avoir le temps et la liberté de le faire. Une chance pour ceux qui ont une bonne technique d'avoir eu ce don. Et ce bonheur se reflétera sur les œuvres. C'est simplement ce que je crois. Je n'ai jamais prétendu avoir toujours raison.
Tomber dans le ‘looserism' n'est pas une fatalité !
BOUHIOUI

 

 

Voir rouge
(num.22 BOUHIOUI) 01 mars 2008
En ce moment je m'amuse sur une grande toile et j'ai très envie d'y mettre du rouge. Un rouge que j'ai en tête et que je ne peux décrire correctement. J'ai passé la semaine à le chercher à le désirer mais en vain. Je commence à voir rouge!
Ca me fait penser à cette relation intéressante que les humains ont avec la couleur de manière générale!
Grâce aux animaux, aux végétaux et aux minéraux, on a pu développer l'habitude et jouir du privilège de s'habiller en couleur. Quelques fois pour être vu, remarqué, admiré, désiré ou pour afficher son rang social. D'autres fois, au contraire, pour passer inaperçu ou encore pour provoquer la confusion...
En fait les couleurs elles-mêmes sont chargées de pouvoir.
Wassily Kandinsky disait que la couleur est un pouvoir qui influence directement l'âme. Dans un autre contexte, Van Gogh trouvait insupportable de regarder le rouge et le vert mis, côte à côte.
Ce pouvoir de la couleur est utilisé à toutes les occasions par les humains (mais il paraît que les femmes l'utilisent deux fois plus que les hommes) En particulier, il y a cette couleur rouge qui a un pouvoir à part. Avez-vous remarqué que presque tous les drapeaux du monde contiennent du rouge?
Selon les civilisations et les époques, le rouge signifie l'amour, la passion, le sang, l'érotisme, le diable (dans l'Égypte ancienne Seth, le destructeur, est en rouge), la luxure (couleur des maisons closes...), la tentation, le feu, la destruction, la mort (le sang versé), la chaleur cuisante, les émotions associées ("rouge de colère", « voir rouge », l'égoïsme, la haine, etc.) Le rouge c'est aussi l'ambiguïté : Dans le cas du feu, le rouge signifie à la fois danger et sécurité.
Enfin bref, en attendant, mon problème est le même. Je cherche toujours ce maudit rouge qui me hante. Ca devient comme une obsession. Si je ne brûle pas la toile, peut-être que je vous la montrerai un jour.
Bonne semaine à tous. Que vous soyez au froid au Canada, en Europe ou ici au Maroc, bien au chaud. Un peu trop chaud pour la saison d'ailleurs. Je dis n'importe quoi...
Merci d'être là. A bientôt
BOUHIOUI

 

 


On n'étouffe pas les femmes pour rien!
(num.23 BOUHIOUI) 08 mars 2008
(C'est la fête des femmes)
A toutes les époques et dans presque toutes les cultures, on a relégué les femmes aux seconds rangs. On les a empêchées de s'exprimer, de s'épanouir, de décider, de créer, d'être ! On les a étouffées...
Et c'est normal !
Franchement, c'est trop !  La nature leur a tout donné ! Elles sont plus belles, il n'y a qu'à voir leurs courbes tout en finesse et en rondeur, alors que nous sommes bâtis en zigzag. Elles sont plus élégantes; elles passent des heures à se faire belles, à se maquiller, à s'habiller en prenant soin d'assortir les couleurs alors que ça nous prend en moyenne 5 secondes pour nous faire moins moches. Elles sont plus propres, car qui s'inquiète de la propreté à la maison en général ? Elles sont plus sensibles ; elles pleurent dans les situations tristes ou même joyeuses. Elles sont moins brutes ; Il n'y a qu'à voir les pourcentages de femmes dans les armées. On leur demande de se couvrir pendant qu'on permet aux hommes de s'habiller léger car on sait qu'elles savent mieux contrôler leurs hormones...
Elles sont plus douces, plus tendres, plus délicates, plus fines, elles ne deviennent pas chauves, elles ne se prennent pas pour des déesses lorsqu'elles possèdent un jouet qui coûte cher. Elles parlent de couleur de voiture alors que nous parlons de taille et de prix.
Combien de peintres ont immortalisé leur beauté ? Combien de chanteurs ont célébré leur charme ? Combien de poètes ont touché leur âme ?
Que nous reste-t-il à nous autres poilus ? Rien à part les muscles pour forcer ces maudites femmes à nous obéir. Mais les temps ont changé et nos muscles ne servent plus à rien. Il faudra bien admettre qu'elles sont meilleures (sauf quand elles nous imitent et que ça donne des guerrières, des brutes épaisses comme Gonzaliza Rice ou Margaret Thatcher...)
Il y a 2400 ans déjà, un certain Cato disait «Laissez une femme devenir votre égal et elle deviendra votre supérieure »
Elles portent la vie, elles sont la vie. La vie est une femme !
Admettons-le ! Finalement, nous ne sommes qu'un outil de diversification génétique !
Je sais que beaucoup d'hommes vont me détester mais ce n'est pas grave car j'ai deux femmes qui m'aiment. Une grande et une miniature de huit mois qui a déjà tout compris aux hommes car, pour m'exprimer son amour, elle me donne de grosses baffes sur la face en me disant ‘Aaarrreeuuu'...
Bonne fête à toutes les femmes.
Sans rancune messieurs... !
A Nabila et Kenza
BOUHIOUI
A lire: J'ai donné deux interviews ce mois-ci. L‘une est sur la revue NAJMA mars2008 et l'autre paraîtra probablement demain dimanche 09mars2008 sur Alahdath-Almaghribya Hebdomadaire.

 

 


Attendre et recevoir
(num.24 BOUHIOUI) 15 mars 2008
Qui n'a jamais vu un poète, un musicien, un écrivain ou un peintre réfléchir devant le support de son art, l'esprit ailleurs, rêveur, contemplateur comme en attente de quelque chose ?
‘Le temps calme que je passe dans mon atelier me donne l'opportunité de contempler l'essence poétique des choses' Peter Adams.
L'artiste voit le monde différemment. Dans son intérieur, il peut le changer, le transformer, jouer avec, et puis à la fin le remettre comme il était.
L'esprit artistique vit des moments, -appelez-les ce que voudrez-, des moments célestes, divins, où tout coule en parfaite synchronisation, en harmonie, des moments de bouillonnement tranquille, des moments de sagesse peut-être.
Mais il y a un état encore plus haut. Celui d'être attentif, d'être réceptif ...
Ceux qui attendent, reçoivent.
Le plus important est de jouer le jeu. Sans redevenir un enfant, juste être curieux. Permettre à l'esprit de rêver, de courir librement, d'attendre et de recevoir. Pour créer, il faut se fier aux rêves, aux pressentiments, à l'intuition.
Jamais rien ne m'a fait rêver autant qu'une toile vierge !
BOUHIOUI
‘Art is a fact, not an explanation' Bouhioui, Vancouver 1998
(L'art est un fait, pas une explication. Bouhioui Vancouver 1998)

 

 

L'ambition
(num.25 BOUHIOUI) 22 mars 2008
Il y a quelques jours, un de mes plus brillants étudiants m'a dit qu'il aimerait travailler pour une grande compagnie Nord Américaine mais qu'il n'avait pas totalement confiance dans ses capacités !
Je lui ai répété un proverbe simple que j'ai appris dans l'Ouest Canadien: ‘Know what you want and go get it' (Saches ce que tu veux et obtiens-le !). En fait, du moment qu'on est normalement constitué, on est capable d'atteindre des objectifs très hauts. Il suffit de les vouloir avec fermeté. Un artiste doit vouloir marquer l'histoire.
Cela dit, attention ! Car si l'ambition est nécessaire pour commencer un projet, il faut beaucoup de travail pour le finir.
L'ambition est ce qui vous donne envie de vivre autrement que comme un légume.
Marcus Aurelius disait quelque chose du genre : la valeur des gens est celle de leurs ambitions...
Dali voulait être cuisinier à l'âge de six ans et à sept ans il rêvait d'être Napoléon ! Dieu merci, au lieu de la politique il s'est intéressé à la peinture, pour notre grand bonheur.
L'ambition est ce qui vous pousse à réaliser vos projets les plus fous les plus ‘ambitieux' ; c'est ce qui focalise votre attention pour atteindre vos buts.
Fixez-vous des buts et atteignez-les !
Mais il y a une chose importante qu'il ne faut jamais oublier: A chaque fois que vous atteignez un but, arrêtez-vous et appréciez-le avant de penser au prochain !
Merci
BOUHIOUI

 

 


De l'Art au Lard
(num.26 BOUHIOUI) 29 mars 2008
Le lard, pour ceux qui ne le savent pas, c'est cette graisse qui s'accumule sous la peau des porcs lorsqu'ils mangent sans se dépenser.
J'y ai pensé à cause de cette tradition que nous avons ici et qui consiste à s'engraisser en se servant de la communauté sans la servir en retour.
On transforme les jeunes artistes en ‘chikhate dial l3rass' (danseuses des fêtes) avec tous mes respects pour les ‘chikhates'. On met les bâtons dans les roues de ceux qui veulent se rendre utiles et servir la communauté. On parle, on écrit, on se dispute, on s'insulte...
On fait tout, sauf de l'Art !
Depuis 4 ans que je suis dans cette ambiance, j'en arrive à me demander si l'art chez-nous n'est synonyme que de business ! J'en arrive à me demander si nos jeunes et prometteurs artistes se rendent compte à quel point ils dansent !
Pourtant, être artiste c'est noble. C'est grand. C'est beau. Le gain dans l'art est légitime, mais lorsqu'on ne cherche que le business, on tombe fatalement dans la petitesse.
Comment passe-t-on du noble statut d'artiste à celui d'affamé des subventions de l'état ?
Comment passe-t-on du noble état de celui qui aime l'art, celui qui se respecte à celui, minable, qui est prêt à se vendre et vendre tout le monde pour quelques dirhams de plus ?
Comment passe-t-on de l'état de celui qui respecte les gens à celui qui les exploite pour ses seuls intérêts ?
En fait, la réponse est qu'on ne passe pas du premier état au deuxième. La réponse est qu'on n'a jamais été au premier état. C'est-à-dire qu'on n'a jamais été artiste, tout simplement.
La communauté n'a d'utilité que si chacun y trouve son compte. En donnant souvent et en recevant quand on en a besoin.
L'étroitesse d'esprit, les conflits stériles, les règlements de comptes et les vengeances sont les signes des anti-artistes.
Ne tombons pas dans la petitesse. Ne nous laissons plus impressionner par les cravates, les grands discours et les promesses qui donnent le vertige. Rappelez-vous comme disait Guitry ou quelqu'un d'autre: ‘Ce qui donne le vertige, c'est le vide !'
L'artiste n'a de valeur que s'il en a réellement ! Et cette valeur se mesure par l'estime qu'il a suscitée chez les autres !
Je n'en veux à personne en particulier, je rêve simplement qu'un jour, notre pays aussi disposera d'une communauté d'artistes dont le seul objet est l'Art !
Merci.
BOUHIOUI

 

 

Tais-toi et peins!
(num.27 BOUHIOUI) 05 avril 2008

Hélène, une amie de longue date et lectrice de ces articles m'a demandé la semaine dernière ce qu'était devenue ma ‘peinture rouge' (faisant allusion à mon article numéro 22 du 1er mars 2008, titré :'Voir rouge')!
Je me suis alors rappelé que je ne l'avais toujours pas finie et qu'elle était posée dans un coin de l'atelier, face au mur, en attente pendant que j'en peins d'autres.
Ce qui est étrange c'est que depuis que j'en ai parlé, je suis beaucoup moins inspiré! J'ai comme le sentiment d'avoir envie de passer à autre chose. En fait j'ai déjà presque fini une deuxième toile depuis ce temps-là!
Le fait d'en avoir parlé à près de 500 personnes a affaibli l'énergie que j'avais à y mettre. J'ai l'impression que lorsqu'on parle d'une œuvre avant de l'avoir finie est presque comme si on l'avait effectivement exécutée.
Ca me rappelle ce peintre canadien qui travaillait comme sapeur pompier dans mon quartier et qui avait tatoué sur son bras:'Tais-toi et peins' (en anglais). Il disait qu'il ne fallait jamais parler d'une peinture avant de l'avoir finie car ça fait écouler l'énergie créative et ça fait perdre intérêt dans l'œuvre.
On dirait que l'approbation de l'idée par les gens est suffisante pour faire passer l'envie de l'exécuter.
En fin, je ne sais pas trop si la phrase suivante est dans le contexte ou pas mais je la dis tout de même :
"J'ai souvent regretté mes paroles, jamais mon silence"  (Publilius Syrus, 1er siècle avant JC)
BOUHIOUI

 

 

Le noir
(num.28 BOUHIOUI) 12 avril 2008
Comme Picasso*, beaucoup de peintres n'utilisent jamais le noir. Ils ne possèdent même pas de peinture ‘noire' chez-eux, prétextant que le noir pur n'existe pas dans la nature.
C'est vrai que le noir est en fait « l'absence de couleur », de même que le blanc est un « mélange de toutes les couleurs »
C'est vrai que lorsqu'on regarde le nez ‘noir' d'un animal ou le pneu ‘noir' d'une auto, on se rend compte qu'il n'y a pas de noir mais plutôt toute une variété de bleus, de mauves ou de pourpres.
C'est vrai qu'avec toutes les couleurs auxquelles nous avons accès aujourd'hui, même Renoir n'aurait plus besoin d'utiliser de la peinture noire.
Mais moi qui aime le noir et l'utilise à toutes les sauces, j'aimerais le défendre. Si ce n'est pas en tant que pigment pour peinture noire, au moins en tant que moyen pour enrichir ou sophistiquer les parties claires d'une œuvre. Oui, les parties claires! Au lieu d'utiliser des couleurs vives qui se battent entre-elles dans une cacophonie insupportable, peut-être que c'est mieux de griser ou noircir certains espaces pour que ces couleurs vives soient en harmonie et que leurs effets se réalisent. L'utilisation subtile de gris ou de noirs peut amplifier le pouvoir des couleurs pures.
Renoir disait qu'un peu de noir ajoutait de la clarté!
C'est vrai que le problème est que quelques fois nous appliquons des couleurs sans assez observer les choses. Par exemple, ce n'est pas parce que le ciel est bleu qu'on doit vider un tube de bleu cobalt sur la toile pour le reproduire! Oui le ciel est bleu mais il faut y voir aussi du clair et du sombre. C'est très difficile pour un débutant de pouvoir lire les couleurs de la nature. Il faut observer les choses patiemment, puis essayer et essayer et réessayer toutes sortes de combinaisons avant de réaliser que le ciel n'est pas ‘que' bleu ou que le nez d'un chien n'est pas du ‘simple noir'.
Si vous avez vu le film ‘Girl with a pearl earring' (la fille aux boucles d'oreille en perle) qui parle d'une partie de la vie de Vermeer, vous avez alors vu une scène où une jeune femme décrit le ciel comme étant du bleu sur bleu. Mais Vermeer, lui explique qu'il faut regarder plus attentivement. Et elle finit par y voir du blanc et même du jaune... L'observation attentive et sans préjugé, c'est ce qu'il faut pour savoir choisir les bonnes couleurs.
Cela dit, il ne faut pas oublier d'utiliser aussi du blanc pour ne par tomber dans la morosité (ce n'est peut-être pas le mot exact pour ce que j'essaie de dire!). Un peu de noir et un peu de blanc, ajoutés de manière subtile, améliorent les tons des autres couleurs.
Je ne prétends pas avoir toujours raison, mais là, si vous n'êtes pas d'accord, essayez!
Merci.
BOUHIOUI
*en fait je voulais dire Pissarro pas Picasso!!

 


Keep moving !
(Il faut bouger!)
(num.29 BOUHIOUI) 19 avril 2008
Qui n'a jamais vu un jeune artiste tomber dans la déprime après une critique négative ? Qui n'a jamais entendu (directement ou non) à propos de lui-même ou de quelqu'un d'autre une de ces phrases qui ‘tuent' et qui donne envie de tout laisser tomber ?
Mais je pense que l'artiste doit continuer à travailler quoi qu'il arrive et montrer son travail pour le faire exister. C'est d'ailleurs à peu près ce que font tous les artistes à travers le monde. Une œuvre finie et non exposée existe bel et bien dans l'absolu, mais dans le relatif, elle n'a aucune valeur autre que l'énergie-même que sa matière représente. Il faut donc travailler et montrer ses œuvres, même si, en les montrant, on s'expose à la critique, positive, négative ou pire encore: à l'indifférence !
Selon la société à laquelle on s'adresse, la réaction peut être polie, directe, douce ou dure ou encore quelque part entre tout cela à la fois comme c'est le cas chez-nous au Maroc. Alors ici généralement, on ne sait pas trop à quoi s'en tenir !  Avec les bises, les sourires et les ‘tbarkellah 3lik' (félicitations) on ne sait pas trop ce que les gens pensent réellement. Les jeunes artistes sont les plus vulnérables à ce genre de critiques floues. Certains dépriment tandis que d'autres, au contraire, tombent dans le nombrilisme excessif.
Mais l'essentiel est de ne pas se laisser influencer et continuer à créer quoi qu'il arrive. On doit s'occuper d'art et de créativité quoi qu'il arrive (c'est vrai que c'est plus facile lorsqu'on est économiquement indépendant !). Mais il ne faut pas s'arrêter !
Mieux vaut créer des œuvres sans succès que de s'arrêter, car celui qui s'arrête, donne l'occasion à la ‘nature' (ou aux mauvaises langues) de le dégrader au sens propre comme au figuré. You've got to keep moving! After all, a dog has never pissed on a moving car (Il faut bouger ! Après tout, on n'a jamais vu un chien uriner sur un véhicule qui bouge !) N'est-ce pas ?
Merci
BOUHIOUI

 

 


Intérieur - extérieur
(num.30 BOUHIOUI) 26 avril 2008
Presque tous les peintres du monde appliquent des couleurs sur un support. Certains utilisent de l'huile sur toile, d'autres de l'acrylique sur contre-plaqué... mais en gros, le principe est à peu près le même pour tous.
Pourtant on parle de paysagistes, d'abstraits, de cubistes, de surréalistes, de fauvistes, d'impressionnistes, d'expressionnistes, d'hyperréalistes et j'en passe...
Je ne peux m'empêcher de faire l'analogie avec la physique : cela fait presque un siècle que les physiciens travaillent sur la théorie de la grande unification qui permettrait de faire cohabiter la physique des corps dits "infiniment grand" (Relativité Générale) et la Physique Quantique qui étudie l'infiniment petit. En un mot, on cherche une théorie unique qui remplacerait toutes les théories existantes.
Après tout l'univers n'est qu'«Un» et il ne devrait pas y avoir une théorie pour chaque phénomène physique que l'on observe (un peu comme il y a presque un courant de peinture pour chaque grand peintre)
Je disais, il n'y a pas longtemps que « l'art est un fait pas une explication » (Art is a fact, not an explanation) et j'ai envie de dire la même chose pour l'univers : «l'univers est un fait pas un tas de théories». Il n'a pas attendu que les humains naissent pour inventer 40 théories pour le décrire. Il ne devrait donc y avoir qu'une seule théorie pour l'étudier. Cela, les physiciens l'ont compris, il y a un siècle déjà (mais sans y arriver à 100% encore)
Je pense que la peinture aussi, devrait être décrite avec un peu moins de théories qu'il n'en existe actuellement.
Et dans mon obsession éternelle à tout remettre en cause, il m'arrive de classer les peintres selon deux classes seulement : les extérieurs/extérieurs et les intérieurs/extérieurs (avec les nuances intermédiaires évidemment)
Les extérieurs/extérieurs sont les peintres qui s'inspirent de l'extérieur, puis rendent à l'extérieur ce qui lui appartient (paysagistes, figuratifs, réalistes,...) Tandis que les intérieurs/extérieurs puisent leur inspiration à l'intérieur d'eux-mêmes pour ‘visualiser' l'invisible, pour rendre à l'extérieur ce qui n'existait pas à l'extérieur (abstraits,...)
BOUHIOUI

 

 

Grosse fatigue...
(num.31 BOUHIOUI) 03 mai 2008
Je me suis trompé! C'est Mme Ghislaine Bellocq que j'ai eu le plaisir de rencontrer l'année dernière qui a tiré la sonnette d'alarme (voir son Email plus bas)
Il s'agit de l'article intitulé ‘Le noir' ((num.28 BOUHIOUI) 12 avril 2008) dans lequel je parlais de Picasso qui n'aimait pas utiliser le noir...
Erreur!! car Picasso a beaucoup utilisé le noir. J'ai pourtant vu des dizaines de ses œuvres originales dont ‘Guernica' à El Prado, Madrid et qui est presque entièrement en noir!
Où avais-je la tête en l'écrivant? Je pensais à Pissarro et écrivais Picasso... Mais il faudra vérifier si Pissarro évitait le noir tout le temps ou seulement durant une certaine période... Si vous avez des idées ou des infos, on est preneur?!...
L'erreur est humaine! L'essentiel est de la reconnaître et de se corriger.
Mes excuses!
Merci
BOUHIOUI

 

 

Le noir
(num.28 BOUHIOUI) 12 avril 2008
Comme PISSARRO, beaucoup de peintres n'utilisent jamais le noir. Ils ne possèdent même pas de peinture ‘noire' chez eux, prétextant que le noir pur n'existe pas dans la nature.
C'est vrai que le noir est en fait « l'absence de couleur », de même que le blanc est un « mélange de toutes les couleurs »
C'est vrai que lorsqu'on regarde le nez ‘noir' d'un animal ou le pneu ‘noir' d'une auto, on se rend compte qu'il n'y a pas de noir mais plutôt toute une variété de bleus, de mauves ou de pourpres.
C'est vrai qu'avec toutes les couleurs auxquelles nous avons accès aujourd'hui, même Renoir n'aurait plus besoin d'utiliser de la peinture noire.
Mais moi qui aime le noir et l'utilise à toutes les sauces, j'aimerais le défendre. Si ce n'est pas en tant que pigment pour peinture noire, au moins en tant que moyen pour enrichir ou sophistiquer les parties claires d'une œuvre. Oui, les parties claires! Au lieu d'utiliser des couleurs vives qui se battent entre-elles dans une cacophonie insupportable, peut-être que c'est mieux de griser ou noircir certains espaces pour que ces couleurs vives soient en harmonie et que leurs effets se réalisent. L'utilisation subtile de gris ou de noirs peut amplifier le pouvoir des couleurs pures.
Renoir disait qu'un peu de noir ajoutait de la clarté!
C'est vrai que le problème est que quelques fois nous appliquons des couleurs sans assez observer les choses. Par exemple, ce n'est pas parce que le ciel est bleu qu'on doit vider un tube de bleu cobalt sur la toile pour le reproduire! Oui le ciel est bleu mais il faut y voir aussi du clair et du sombre. C'est très difficile pour un débutant de pourvoir lire les couleurs de la nature. Il faut observer les choses patiemment, puis essayer et essayer et réessayer toutes sortes de combinaisons avant de réaliser que le ciel n'est pas ‘que' bleu ou que le nez d'un chien n'est pas du ‘simple noir'.
Si vous avez vu le film ‘Girl with a pearl earring' (la fille aux boucles d'oreille en perle) qui parle d'une partie de la vie de Vermeer, vous avez alors vu une scène où une jeune femme décrit le ciel comme étant du bleu sur bleu. Mais Vermeer, lui explique qu'il faut regarder plus attentivement. Et elle finit par y voir du blanc et même du jaune... L'observation attentive et sans préjugé, c'est ce qu'il faut pour savoir choisir les bonnes couleurs.
Cela dit, il ne faut pas oublier d'utiliser aussi du blanc pour ne par tomber dans la morosité (ce n'est peut-être pas le mot exact pour ce que j'essaie de dire!). Un peu de noir et un peu de blanc, ajoutés de manière subtile, améliorent les tons des autres couleurs.
Je ne prétends pas avoir toujours raison, mais là, si vous n'êtes pas d'accord, essayez!
Merci.
BOUHIOUI

 

 

Bonjour Hamid,
C'est toujours un plaisir de recevoir ton journal...Tu touches à des problématiques essentielles du monde de l'art, avec des mots simples et beaucoup de questionnements. Alors une question : où as tu été cherché que Picasso n'a pas utilisé le noir ? Et tous ses dessins à l'encre ?au fusain? et Guernica? et les séries tauromachiques et et et...... on pourrait écrire une thèse sur Picasso et le noir...Bon j'aimerais avoir ton avis...des idées reçues dont nous sommes tous victimes. Pour moi le peintre du noir reste Pierre SOULAGES, le connais-tu ? j'apprécie beaucoup son travail...
Quand à "La jeune fille à la perle", je suis en train de rédiger une fiche pédagogique sur un extrait du film (la préparation des couleurs)...toute une alchimie...je te la ferai parvenir...
A bientôt de te lire et encore bravo !!!!
Que nous mijotes-tu pour le prochain numéro ?
Ghislaine Bellocq

 

 


Maturité ou stagnation ?
(num.32 BOUHIOUI) 10 mai 2008
Tous ceux qui s'intéressent à la peinture savent reconnaître, moyennant un peu d'observation ou d'analyse, les œuvres des artistes établis. Il y en a même que l'on arrive à reconnaître instantanément, sans le moindre effort... le genre d'œuvres qu'on a l'impression d'avoir déjà vues des dizaines de fois auparavant.
Comme je suis persuadé qu'un esprit créatif se lasserait de la répétition plus rapidement que les autres, j'ai souvent du mal à imaginer un grand esprit faire la même chose pendant plus de trois ou quatre ans!
Qu'est-ce qui fait que des gens très créatifs, des artistes dont l'esprit est en perpétuelle activité, se mettent progressivement (ou soudainement quelques fois), à exécuter à peu près la même œuvre?
Je n'ai pas de réponse mais je ne peux pas m'empêcher de réfléchir aux diverses raisons possibles de cette répétitivité:
- Soit que l'artiste a atteint la ‘maturité'. Il a fini par trouver la ‘parfaite' technique, la composition idéale, les matériaux, le support et les couleurs qui lui conviennent le plus, et ne peut donc plus faire mieux que cette œuvre répétée !?
- Soit qu'il est obsédé par cette œuvre qu'il répète à l'infini sans jamais s'en lasser. 
- Soit qu'il est en pleine crise de créativité. En stagnation.
- Soit qu'il se dit qu'après tout, puisque ‘cette' œuvre a du succès, il serait imprudent d'essayer autre chose et prendre le risque d'échouer.
- Ou encore une solution de facilité, de la paresse, lorsque l'œuvre rapporte gros. On passe au travail en série. A l'artisanat peut-être?
- Soit qu'il s'agit d'un ex-élève d'un vieil artiste stagnant déjà depuis longtemps et dont l'influence est certaine.
- Soit qu'il s'agit d'un jeune malin qui veut passer directement de l'apprenti artiste à la ‘maturité', à la certitude, à la stagnation.
Ou peut-être pour aucune des raisons citées ci-dessus.
Mais je n'oublie pas qu'après tout, on est artiste parce qu'on aime et vit de liberté. On a le droit de peindre ce qu'on veut du moment qu'on en est satisfait.
Merci,
BOUHIOUI

 

 


Une journée idéale
(num.33 BOUHIOUI) 17 mai 2008
Les écoliers à l'école. Les travailleurs au travail. Les chômeurs au lit. Les yeux sportifs sur les terrasses des cafés. Et l'artiste se déplace au ralenti. A peine réveillé. Un tour à la salle de bain et il est déjà dans son atelier. Pas de radio, ni de télévision pour les informations du matin. Il sait, comme disait le chanteur suisse que ‘les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent'.
Il se met sur une confortable chaise blanche en plastique face à trois des quatre murs de son atelier et promène son regard à 180 degrés. Toutes les toiles lui tournent le dos. Elles sont face au mur, mais il sait exactement ce qu'il y a sur chacune d'elles. Il connaît chaque centimètre carré de peinture, chaque défaut et chaque prouesse technique étalée sur ses toiles.
Au bout d'une demi-heure de contemplation, il a envie d'un café. Il va s'en préparer un, dosé au milligramme près. Le ramène à son atelier. Se rassoit de nouveau. L'atelier sent le café frais mêlé à l'odeur de peinture et d'autres liquides mais cela ne le dérange pas.
Toutes les toiles lui tournent la face sauf une. Une toute neuve. Blanche. Posée sur son chevalet. Il la regarde intensément. Puis regarde ailleurs. Il re-regarde sa fraîche toile. Puis s'en va arroser ses trois plantes dont un géranium d'un rouge magnifique qu'il a trouvé par hasard sur une route de campagne durant un de ses nombreux voyages.
Il a au moins sept projets pour cette toile vierge.
Lequel va t-il finir par y peindre ?
Il va chercher quelques CD à écouter. Fayrouz, Chopin, Cesaria Évora et Bach. L'ordre dans lequel il va écouter ses CD dépendra des aléas de ses idées.
Il tripote des tubes de peinture à l'huile. Marche dans son atelier. Ecoute sa musique. Regarde partout et nulle part... Il est déjà midi, le temps d'aller déjeuner.
Une petite sieste éveillée et retour à l'atelier. Cette fois-ci, il n'a plus que 2 projets pour sa nouvelle toile. Il hésite. Regarde ses tubes de peinture. Et puis d'un seul coup, c'est parti. Il sait exactement ce qu'il va y peindre. Plus aucun doute. Les couleurs sont choisies. Les pinceaux sont prêts. Les outils, les chiffons et les liquides.
Un ou deux coups de crayons et c'est le début. Il ne s'arrêtera que pour dîner. Un peu de temps pour la famille et back to work. Il n'est pas pressé de finir. Pas d'horloge dans l'atelier. Il s'approche puis s'éloigne. S'éloigne puis s'approche. Il se sent aux anges. Il ne voudrait être nulle part ailleurs. Il n'a besoin de rien. Juste continuer à explorer sa nouvelle toile.
Non, maintenant ce n'est plus fayrouz qu'il faut écouter, mais du mozart. De la ‘Drama' qui, mêlée à une sorte de délicieuse fatigue, donne une énergie d'un autre type. Il va ramener d'autres CD. Tous de mozart. Le requiem, Don Giovanni et quelques concerto pour piano en mineur. Il ne vit plus que pour sa toile. Encore une heure ou deux et elle sera peut-être finie. Mais finit-on jamais une toile ?
Peu importe le résultat. Le bonheur c'est de l'avoir exécutée! Une journée simple, douce et pleine de rêves. En deux mots : ‘une journée idéale'
Merci. A bientôt
BOUHIOUI

 

 

La valeur de l'artiste
(num.34 BOUHIOUI) 24 mai 2008
Dans un pays où, être acteur, a été un métier marginal pendant des générations, il est normal que les très bons acteurs se comptent sur les doigts d'une main voire deux, mais pas plus.
Et pourtant, ils existent, ces artistes qui aiment ce noble métier-là.
Jeudi dernier je traversais le quartier ‘oulfa' à Casablanca. Un quartier dit ‘à habitation économique'. Je roulais à 10km/h à cause de l'agitation incroyable et des trajectoires chaotiques des piétons lorsque j'ai aperçu un acteur marocain très connu, aux cheveux blancs qui marchait la tête baissée, les yeux sur le trottoir accompagné d'un jeune garçon qui allait s'avérer être son fils.
Je ne dirai pas qui, mais c'est le genre d'acteur qu'on voit dans tous les grands films du pays. Un de cette petite poignée d'acteurs marocains qui, lorsqu'ils jouent, donnent l'impression que c'est du vrai.
Le monsieur qui m'accompagnait m'a dit que l'acteur habitait bien dans ce quartier-là !  Et cela m'a vraiment ému. J'ai eu un sentiment désagréable d'injustice.
J'ai pensé à Tom Cruise qui gagne environ 20 milliards de centimes marocains par film ! Un grand professionnel certes, mais que je ne trouve personnellement pas plus doué que notre vieil acteur marocain. Bien sur, il est moins beau et moins jeune et au lieu d'être à Hollywood, il est né à voléwood. Mais je vous jure qu'il joue mieux que le père Tom !
Merci, à bientôt,
BOUHIOUI

 


L'art du bonheur
(num.35 BOUHIOUI) 31 mai 2008
Il y a un vieux proverbe latin qui dit ‘beati pauperes spiritu' (Heureux les simples d'esprit) Mais ce n'est pas parce qu'il est vieux qu'il est juste ! Je pense qu'il faudrait plutôt dire ‘Heureux les gens d'esprit'. Car il ne faut pas confondre insouciance ou indifférence avec bonheur.
Il ne suffit pas d'être débile ou beau, jeune, riche et intelligent pour être heureux. Combien de chanteurs célèbres, beaux, riches et intelligents se sont suicidés ! Je pense qu'il faut être très sain d'esprit ou même très intelligent pour atteindre le vrai bonheur : l'Art du bonheur !
Je crois qu'il y a une grande différence entre ‘bonheur' et ‘Art du bonheur' :
· Le bonheur, c'est de s'offrir un bel oiseau rare en cage. L'art du bonheur c'est de s'offrir des jumelles pour l'observer à l'état libre.
· Le bonheur, c'est de créer une œuvre qui plait. L'art du bonheur, c'est de la créer, tout court.
· Le bonheur c'est de s'offrir une toile de maître. L'art du bonheur est de s'en offrir 5 de 5 futurs maîtres.
· Le bonheur, c'est un cadeau signé. L'art du bonheur est un cadeau utile.
· Le bonheur, c'est un beau véhicule pour impressionner les passants. L'art du bonheur c'est de rester émotionnellement indépendant d'un moyen de transport.
· Le bonheur c'est déguster quelques grammes de caviar dans un grand restaurant. L'art du bonheur c'est de dévorer un bon plateau de fruits de mer en famille.
· Le bonheur c'est de construire une villa en pleine compagne. L'art du bonheur c'est une maison de campagne en pleine campagne.
· Le bonheur c'est peut-être demain et après demain, mais l'art du bonheur c'est ‘daba' et maintenant.
· Le bonheur c'est de quitter son partenaire pour quelqu'un de plus beau ou plus riche. L'art du bonheur c'est de contrôler ses hormones pour réapprendre à aimer.
· Si le bonheur est un café et un journal le matin pour savoir le nombre d'humains explosés la veille, l'art du bonheur est un bon livre bien choisi à lire tranquillement.
On a demandé au Dalai Lama :
"Qu'est ce qui vous surprend le plus dans l'humanité ?"
Il a répondu :
"Les hommes... parce qu'ils perdent la santé pour accumuler de l'argent, ensuite ils perdent de l'argent pour retrouver la santé. Et à penser anxieusement au futur, ils oublient le présent de telle sorte qu'ils finissent par ne vivre ni le présent ni le futur. Ils vivent comme s'ils n'allaient jamais mourir et meurent comme s'ils n'avaient jamais vécu."
Pour être heureux, il faut savoir dénicher les bons instants, les bonnes actions, les bonnes réflexions. La vie calquée sur celle des autres n'est finalement qu'une pâle copie sans intérêt. Mais une vie originale est une vraie œuvre d'art.
Le bonheur est un Art !
Merci
BOUHIOUI

 

 

 

Résolution en dpi
(Num. 36 BOUHIOUI) 23 août 2008

Après une résidence d'artistes anglaise au doux été
Après des rencontres artistiques très pimentées
Après des soirées de couleurs pigmentées
Après quelque repos familial bien mérité
Je retrouve mon clavier, les mains tremblantes du désir de le pianoter
D'écouler le trop plein d'émotions et d'énergie artistique à débiter...
Mais pour cette reprise, j'aimerais commencer par un sujet plutôt ennuyeux, mais tellement important pour tous les artistes : la numérisation des photos d'œuvres pour les revues, les journaux, les catalogues, les sites etc...
On nous demande souvent des photos de nos œuvres avec une résolution 180dpi ou 300dpi ou autre...
Mais c'est quoi cette maudite ‘dpi' ?
Les trois lettres dpi viennent de l'Anglais et signifient ‘digits per inch'. En français on parle de ppp, c'est-à-dire ‘points par pouce'. Un pouce c'est environ 2.54cm. Donc il s'agit du nombre de points par pouce.
L'ennui est que, quelques fois, ceux qui nous demandent de préparer les photos ne savent pas ce que veut dire ‘dpi' et oublient de préciser les dimensions réelles d'impression qu'ils désirent. Et ça m'est arrivé dernièrement avec un organisme pourtant New-yorkais! Car en fait demander une résolution de ‘x'dpi sans préciser les dimensions de l'image imprimée n'a aucun sens.
Imaginez si vous aviez une photo numérique qui fait 100 points suivant la largeur et 200 suivant la longueur.
Cette image serait en résolution 100dpi si vous l'imprimiez suivant les dimensions : 1pouce en largeur et 2pouces en longueur.
Par contre, la même image serait de résolution 50dpi seulement si vous l'imprimiez suivant les dimensions doubles des précédentes: 2 pouces en largeur par 4 pouces en longueur...
Il faut savoir que les trois valeurs ci-dessous sont liées entre elles :
Résolution = Taille en pixels / Dimensions réelles
Taille en pixels = Résolution x Dimensions réelles
Dimensions réelles = Taille en pixels / Résolution
Enfin voilà je devais préciser ces ennuyeuses mathématiques qui seront sûrement utiles à plusieurs d'entre-vous !
Vous pouvez aussi transformer une image numérique quelconque aux ‘dpi' que vous désirez en utilisant un logiciel très facile à trouver et à utiliser sur Internet et qui s'appelle : IrfanView
Si vous voulez plus de détails, contactez-moi et je vous expliquerai car c'est un peu long !
Merci à tous. A la semaine prochaine.
BOUHIOUI

 

 


Question de qualité
(Num. 37 BOUHIOUI) 30 août 2008
J'ai remarqué que beaucoup de jeunes artistes utilisent des matériaux de piètre qualité ! De la peinture vinyl par exemple qu'on appelle à tort ‘acrylique', des pigments peu fiables mélangés avec des liants non identifiés. Des vernis qui ne protègent pas des ultraviolets, ...

On comprend que c'est souvent par manque de moyens ou encore par ignorance. Mais parfois, c'est plutôt par maque de confiance en sa bonne étoile : ‘pourquoi dépenser tant d'argent pour des œuvres dont personne ne veut ? Des œuvres à courte durée de vie ?'

Mais vous savez, sur son lit de mort, Vincent Van Gogh devait aussi penser que sa peinture ne valait rien ! Qu'il était un moins que rien !

C'est vrai qu'il n'avait vendu qu'un seul tableau de son vivant ! Il se trouve au Musée Pouchkine et n'a pas quitté Moscou depuis 1960, il est titré Vignoble Rouge à Arles et a été peint en novembre 1888.

Alors imaginez si Van-gogh, certain que sa peinture ne valait pas grand-chose, avait décidé d'utiliser des matériaux de moindre qualité...

J'ai pourtant vu ses œuvres au rijksmuseum, au metropolitan-NY et ailleurs et plus d'un siècle après sa disparition (1890) elles paraissent encore en excellent état.

Je n'ai pas choisi Van Gogh pour la qualité exceptionnelle de son travail mais parce qu'il était très pauvre et qu'il n'était pas, lui semblait-il, un grand artiste et que malgré cela il mettait de la qualité dans ses œuvres.

Cela me mène à dire ceci de la qualité dans notre travail d'artistes :

L'artiste peut dire ce qu'il veut de ses œuvres, leur qualité parle plus fort que lui !
C'est la seule chose qui reste toujours à la mode
On ne peut pas faire semblant avec la qualité !
S'il n'y a pas d'«Absolu» dans la peinture, tout est mesurable par la qualité.
La qualité ne vient jamais par chance. Elle est toujours le fruit de bonnes intentions, de grands efforts, d'une grande intelligence et de talent.

Alors quel que soit le niveau de confiance en votre art, il faut peindre en pensant que vos œuvres vont vivre des siècles après vous...

Merci. A bientôt.
BOUHIOUI

 

 

 

Autodidacte ou académique ?
(Num.38 BOUHIOUI) 06 septembre 2008
Nous avons souvent tendance à nous simplifier la vie en tranchant sur les questions difficiles. C'est souvent soit bien soit mal, soit noir soit blanc. En réalité les zones grises sont bien présentes.

L'autre jour un artiste peintre issu d'une école (académique donc) m'a dit sans trop de précisions qu'il n'aimait pas le mot ‘autodidacte' ! D'autre part, un autre artiste académique, de renommée internationale, me disait qu'être autodidacte est une ‘chance' car on échappe aux influences.

Personnellement je pense qu'il y a du bon et du mauvais dans les deux cas.

Il y a des jeunes, très talentueux qui décident d'aller aux écoles pour perfectionner leur technique, apprendre l'histoire de l'art et se former un solide esprit critique qui va plus tard les aider à se différencier de la masse et se forger un caractère personnel. Mais il y'en a d'autres qui font des écoles des beaux-arts seulement parce que ça fait bien ou par effet de mode ou encore parce qu'ils ne savent pas trop quoi faire d'autre. Durant leur formation, c'est le strict minimum qui mène au diplôme. L'esprit critique est aux abonnés absents. Alors c'est comme entrer dans un moule et en sortir ressemblant à tous ceux de la même catégorie. J'ai vu deux artistes issus de la même école dont le travail et le discours sont presque les mêmes, et ressemblent en plus, à ceux de l'un de leurs professeurs.

Concernant les autodidactes il y a ceux qui ont un talent certain qu'ils utilisent tel qu'il est. A l'état brut. Rien de plus. Alors soit ça marche soit non. Généralement ils ne savent pas où se situer, ni parler de leurs expériences... Ils sont à la merci de leur entourage. Puis il y a des autodidactes curieux, intelligents, qui s'informent, qui cherchent et qui se cultivent eux-mêmes. Ils savent ce qu'ils font, où ils se situent et créent avec un grand esprit critique.

Alors, ‘autodidacte' ou ‘académique', ce ne sont pas les titres qui font les artistes, mais le savoir-faire, l'originalité, la culture et l'authenticité...

Merci. A bientôt.
BOUHIOUI

 

 

 

 

L'effet Ramadan
(Num.39 BOUHIOUI) 13 septembre 2008
Permettez-moi cette petite confession : Avant le Ramadan, j'avais prévu de travailler trois fois plus que d'habitude. Je me disais que je n'allais pas quitter mon atelier de la journée.

Pas de pause déjeuner, pas de pause café. L'idéal pour peindre durant huit heures d'affilée.

Mais voilà ! La réalité est que, toute la journée, je ne peux presque rien faire. Fatigué, assoiffé, manquant de caféine, affamé, parfois même énervé...

En plus je comptais sur les longues soirées Ramadaniennes pour peindre. Mais après le repas du ‘ftour' (au coucher du soleil), je me sens lourd et c'est pareil : tout demeure dans la tête. Pourtant ce n'est pas le temps qui me manque!

Ce n'est pas pour faire l'intéressant, mais franchement je n'ai jamais manqué d'idées pour peindre. D'habitude je me plains du manque de temps ou encore du manque d'énergie comme maintenant. Mais jamais d'idées pour peindre, ou plutôt pour ‘commencer' une peinture car la fin en est souvent imprévisible, incontrôlable, parfois inattendue.

Shakespeare disait : ‘moins on a de temps plus on fait de choses'. Pour moi, en ce moment, c'est le contraire...

Merci.
BOUHIOUI

 

 

 

 

Les mains de Goya

(Num.41 BOUHIOUI) 27 septembre 2008

Je viens de regarder le film ‘Goya’s ghosts’ (les fantômes de Goya) de Milos Forman, le même réalisateur du très célèbre ‘Amadeus’ (1986) et qui racontait la vie de mozart. Avant de le regarder je m’étais dit qu’un film sur Goya, par celui qui a formidablement su associer, images et histoire, avec la sublime musique de Mozart, ne peut être que bien fait. Et c’était évidemment bien fait. Sauf que Goya n’avait pas le rôle principal dans le film ! Il n’avait même pas un rôle secondaire mais plutôt un rôle que je qualifierais de ‘tertiaire’. A mon avis, Milos Forman a simplement présenté une histoire plus ou moins intéressante en utilisant l’intérêt que suscite le nom de Goya. En tout cas, dans les quelques scènes où Goya est présent, on le voit peindre un important homme d’église. Et il lui demande :  ‘Voulez-vous que j’ajoute vos mains ? A vous d’en décider. Il n’est pas facile de peindre des mains. Et certains clients ne peuvent pas payer le supplément qui est de 2000 Réaux pour une main et 3000 pour deux mains’. Et c’est vrai que peindre les mains fidèlement est souvent ingrat car cela prend généralement beaucoup plus de temps qu’un visage à cause des petits détails et qu’à la fin, c’est le visage qui compte. Personnellement, je reconnais plus facilement les gens par leur visage que par leurs mains, pas vous ? J C’est une scène qui m’a fait sourire car il m’est arrivé plusieurs fois d’être embêté par le rapport temps/intérêt que prennent quelques fois les maudites mains et leurs détails. Regardez vous-même cette vieille peinture à l’acrylique où j’avais mis assez d’énergie et de bonne volonté pour réussir le visage et rapidement bâclé la main (en attachement)… Pour ceux que les biographies d’artistes intéressent voici une petite liste de films existants en DVD avec mon avis à côté :
  • Amadeus : génial
  • Pollock : l’un de mes préférés
  • Frida Kahlo : très bien fait, plein de couleurs
  • Girl with a pearl earring: Ok!
  • Immortal beloved: Génial (sur Beethoven. Je n’en connais pas le titre en VF)
  • Vincent van Gogh : genre documentaire. Pas mal.
  • Rembrandt: Ok.
  • Modigliani: le réalisateur s’est un peu trop forcé à montrer une rivalité avec Picasso
  • 13 journées dans la vie de Picasso : genre documentaire. Lourd mais Ok.
Si vous en connaissez d’autres, e-mailez moi SVP.Merci et bonne semaine.BOUHIOUI 

 

Le respect

(Num.42 BOUHIOUI) 04 octobre 2008

Depuis que le ministère de la culture marocain a lancé cette histoire de carte d'artiste, c'est la grande panique. Certains ont peur de ne pas l'avoir, d'autres affichent un franc excès de confiance. Puis il y a tous les autres degrés de panique entre deux. On ne sait pas ce qui se passe, et du coup on ne sait plus ce qu'on vaut !

Celui qui a peur se demande : Vont-ils me reconnaître en tant qu'artiste ? J'ai plusieurs expositions et des articles de journaux! Que deviendrais-je s'ils ne me reconnaissaient pas ?

D'autres artistes ont dressé la liste des membres de la commission qui va décider qui est artiste et qui ne l'est pas, et se préparent déjà à aller les voir.

Et puis il y a ceux qui n'attendent plus rien de personne depuis déjà bien longtemps et qui n'ont même pas déposé de dossier de candidature.

En gros c'est la panique qui remplace l'ambiance artistique habituelle...

Beaucoup dont le self-esteem n'était déjà pas très haut, doutent de la légitimité même de leur statut d'artiste.

Au Canada, il suffit d'aller sur le site de la confédération des artistes, constituer un dossier artistique, payer les frais d'examen, envoyer le dossier et attendre la réponse sans inquiétude. Si vous êtes artiste, vous aurez votre carte quoi qu'il arrive, sans lécher la moindre chaussette. Si vous ne l'êtes pas, vous ne l'aurez pas, même si vous êtes le neveu du Pape.

Une voix à côté me dit qu'il ne faut pas exagérer en comparant le Maroc au Canada. Comme quoi, il faut que nous continuions comme d'habitude à nous comparer à pire que nous pour nous sentir bien. Alors si vous êtes un de ces artistes trop inquiets, pensez à la condition des artistes au Darfour, au Sierra Leone ou au Bangladesh ! Peut-être vous sentirez-vous mieux ou même privilégié.

Illusion !

Le pense que la différence entre le tiers-monde et les pays avancés, n'est ni une question de travail ni d'intelligence, mais plutôt de respect entre les gens !

« Le sage n'oublie point que, s'il est un respect extérieur que les talents doivent aux titres, il en est un autre plus réel que les titres doivent aux talents. » Jean le Rond d'Alembert.

Respectueusement votre,

Merci.

BOUHIOUI

 

 

 

 

The divine sparkle

(L'étincelle divine)

(Num.43 BOUHIOUI) 11 octobre 2008

Hier à l'école des beaux-arts de Casablanca, lors de l'hommage rendu à El Hariri, il y avait des dizaines d'artistes. Et quand on voit un tel groupe d'artistes réunis dans un même endroit, on ne peut pas s'empêcher de se demander ce qui les différencie des autres, ce qui les fait courir.

Comme je suis de ceux qui visualisent presque tout, qui fonctionnent par images,  je les vois comme des corps célestes qui gravitent dans l'espace. Tous, en apparence, froids, mais leurs cœurs sont bouillonnants d'énergie.

Un peu comme notre planète, qui est en apparence froide, mais dont le centre bout à des milliers de degrés. Régulièrement, elle nous expose sa lave pour nous le rappeler. Un reste de chaleur initiale venue du soleil qui, dans son élan rotatif, a nonchalamment laissé s'échapper quelques débris de roc en braise...

Cette communauté de gens pour qui, créer est souvent plus important que manger et boire, que la reproduction et la sécurité, est poussée par une sorte de souffle créatif que je qualifie de divin.

Divin, car les artistes s'approprient ainsi cette caractéristique typiquement divine qu'est la ‘création'.

Alors à l'image de ces corps célestes dont certains ont le cœur froid comme des météorites et d'autres l'ont qui bout, je pense que les artistes sont poussés par une étincelle divine, une sorte de ‘reste ‘d'élan créateur divin ...

Merci

BOUHIOUI

‘L'art est divin' Bouhioui Oct2008

reaction :

Bonsoir,

Entre les corps celestes et la creation divine je metrouve plutot je me sens en pleine mythologie du 21eme siecle Comme je t'avais informé il y a déja un moment que je voulai faire un séjour Londonien pour retrouver Londres, en particulier l'ame artistique de cette ville. Des contraintes scientifiques à Paris m'ont rendu cette rencontre impossible "momentannement". dans ce desert scientifique, qui repond quand même à mes préocupations et reflexions, j'ai pu m'offrir une visite au Musée d'Orsay. Une journée de bonheur à visité cinq étages : peinture "impressionniste -tous les dieux de ce type d'arts étaient là". je me croyai dans un autre monde!!! L'hommage était à Picasso : Picasso/manet. Ces ouvres de Londres et New York étaient là. Avec une exposition particulier de l'historique du tableau"Dejeuner sur l'herbe"; de Monet à Picasso. Pour y acceder, il fallait une heure d'attente (à l'interieur du musée). J'ai eu le sentiment d'assister à la création d'un monde: ici le monde de ce tableau: les differentes étapes de création de personnages, l'évolution de ces derniers,

et le paysage également. le 4eme et 5eme étage du musée étaient exposés les tableaux des impressionnistes; impressionnisme et post-impressionnisme: que du bonheur.il s'agit des mouvements du pont-Aven et du Nabis il y avait aux autres étages : l'academisme, naturaliseme, symbolisme et art nouveau. au res de chaussée : Avant l'impressionnisme Il y avait aussi des sculpture; j'ai même fais la découverte d'oeuvre et de chef d'oeuvre de sculpteurs , autre que Rodin que j'aime bien (j'avais prevu de visiter son musée ((reporté à une autre fois) mais trouver ces oeuvres  au Musée d'Orssey était un grand soulagement).

je te raconte l'essentiel, tu peux deviner le reste.C'est l'année de Picasso à Paris. J'ai pris quelques notes sur ceratins peintre que j'ai decouvers et j'aimerai en discuter avec toi ulterieurement. Une derniere chose, j'étais choqué par la peinture dite "mouvements -orientalisme-".

Il est vrai que ma preference reste  la peinture anglaise et les musées Londonien : je sens que les

musées Londoniens ont une ame profonde que n'ont pas ceux de Paris.

Bien a toi

Aicha Abbad

 

 

Qu'est-ce qu'un artiste ?

(Num.44 BOUHIOUI) 18 octobre 2008

Ce n'est pas pour répondre à cette vieille question que je l'évoque. Vous verrez après cet ensemble de définitions de ce qu'est un artiste:

  • Définition internationale (Unesco) : adoptée à Belgrade, le 27 octobre 1980:

« On entend par artiste toute personne qui crée ou participe par son interprétation à la création ou à la recréation d'œuvres d'art, qui considère sa création artistique comme un élément essentiel de sa vie, qui ainsi contribue au développement de l'art et de la culture, et qui est reconnue ou cherche à être reconnue en tant qu'artiste, qu'elle soit liée ou non par une relation de travail ou d'association quelconque. »

  • Aptitude, compétence, puissance, don... c'est sur ce plan de la valeur que Kant a repris la vieille question du génie, développée dans les oppositions de l'artiste et du savant, du talent et du cerveau, de la manière et de la méthode
  • Wikipedia : Un artiste est un individu qui fait (une) œuvre, qui cultive ou maîtrise un art et dont on remarque la créativité de sa production, source d'émotion et de réflexion.
  • Wiktionary:
    • Une personne qui crée de l'art
    • Une personne ayant pour occupation de créer de l'art
    • Une personne qui a du savoir-faire dans une activité
  • Le concept actuel d'artiste:
  • Artiste est le terme qui décrit une personne engagée dans une activité reconnue comme ‘art'.
  • Une personne qui s'exprime par un medium.
  • Une personne qui crée dans un contexte de ‘haute culture', qui utilise l'imagination, le talent ou du savoir-faire pour créer des œuvres jugées ayant une valeur esthétique.
  • Encarta: Personne qui réalise une création esthétique en dehors du domaine littéraire.
  • Cambridge : Quelqu'un qui crée des choses avec beaucoup de savoir-faire et d'imagination.
  • Bouhioui : Un artiste est une personne qui vit de l'art, et dans l'art.

 

Autres définitions :

 

  • Peut être communément appelée artiste toute personne exerçant l'un des métiers ou activités reconnues comme étant artistiques.
  • Quelqu'un qui crée de l'art comme profession ou comme passe-temps.
  • Quelqu'un qui est habile dans une certaine discipline.
  • Un artiste est une personne qui a sacralisé un savoir-faire et l'a poussé à la perfection.

De grâce, si quelqu'un pouvait expliquer ceci aux membres du comité d'examen des demandes de la carte d'artiste, qu'il le fasse vite car, le taux de demandes rejetées actuellement est, supérieur à 90%. Ce qui est irresponsable et dangereux.

A bientôt, merci.

BOUHIOUI

 

 

Architectes du paradis
(Num.45 BOUHIOUI) 25 octobre 2008

De même que la paix et la chance, il y a une autre richesse qui n'est pas équitablement répartie entre les gens : la sensibilité !

Certains ont les sens à fleur de peau et d'autres les ont comme du marbre sur lequel tout rebondit sans laisser de trace.

Certains sont sensibles à tout ce qui les entoure, leurs sens sont en permanent éveil, aux aguets et d'autres ont vu leur sensibilité malmenée, battue, extirpée de leur cœur.

Le monde est parsemé de dirigeants élus et réélus durant des décennies sans se soucier des millions de doigts qui les pointent. On les accuse de médiocrité, d'incompétence, d'égoïsme... sans les émouvoir ! Insensibles à tout ce qui pourrait perturber leur cheminement vers le pouvoir et l'or.

Le monde est aussi peuplé de gens normaux, sensibles juste ce qu'il faut, ni plus ni moins.

Puis il y a les artistes, ces architectes du paradis. Des gens dont la sensibilité est sans égale. C'est elle leur génie, comme dirait Charles Baudelaire. Elle se manifeste à chaque fois qu'ils créent.

Des gens qui ont plus de mérite dans l'union d'une nation que les fils barbelés qui rouillent le long des frontières!

Le monde est beau parce qu'ils existent !

BOUHIOUI

 



Le sentiment de ‘rejet'
(Num.46 BOUHIOUI) 01 novembre 2008

La semaine dernière je parlais de sensibilité naturellement excessive chez les artistes... Cela me fait penser à la réaction d'un artiste au ‘rejet' par un lieu d'exposition - même si le mot ‘rejet' parait mal adapté ici !

Il arrive à tous les artistes actifs, sans exception, à un moment ou à un autre de leur carrière, de ne pas être retenus par une galerie ou un lieu d'exposition. L'expérience peut être très amère si l'artiste prend la décision de manière personnelle.

Très souvent, ce n'est pas pour une qualité jugée inférieure que le travail de l'artiste n'est pas retenu, mais parce qu'il ne correspond pas à la tendance de la galerie !

Actuellement, avec la recrudescence de galeries et d'organismes culturels au Maroc, on pourrait légitimement penser que les artistes auront plus de possibilités d'exposer et donc plus de choix. Certes ! Mais il faut aussi se rappeler que ces organismes seront amenés de plus en plus à se spécialiser à cause de la concurrence grandissante.

Fatalement, les professionnels de l'art vont s'intéresser chacun à une tendance bien précise et ne vont donc retenir que les artistes qui correspondent à leur tendance, d'où la nécessité de bien savoir qui fait quoi dans ce milieu.

Une tâche difficile. S'adresse-t-on à une galerie d'art contemporain ? D'art ancien ? D'art bizarroïde ? A un centre d'art ? A une foire? A un salon spécialisé ? A un espace alternatif ?
Puis il y a les lieux intermédiaires aussi !

C'est par la connaissance des spécialités et tendances de ces organismes que se situe le développement sérieux de l'activité de l'artiste de demain. Et demain, ce n'est pas seulement une ‘expression', c'est vraiment demain...

« [...] Ce qui ne le tue pas, le rend plus fort ! » Nietzsche.

Merci
BOUHIOUI

 

Obama
(Num.47 BOUHIOUI) 08 novembre 2008

J'allais vous envoyer un tout autre texte, mais je n'ai pas pu résister à commenter l'élection d'Obama !

Alors c'est fait, il sera le prochain président des Etats-Unis ! On a probablement échappé de justesse à de multiples guerres et conflits ou même à une catastrophe mondiale !

Pendant que le précédent président promettait aux américains plus de confrontations, de conflits et de crises, Obama a, parait-il, travaillé depuis deux ans déjà sur un programme culturel pour ses concitoyens.

Aucun candidat à la présidence de ces dernières décennies n'a discuté des questions culturelles avec autant de détail et de détermination!

Ceci est sans précédent car son programme prévoit d'augmenter le budget alloué aux arts, revoir la loi sur les taxes fédérales pour les artistes, envoyer des artistes dans les écoles et communautés défavorisées pour sensibiliser les enfants à la culture, élargir le partenariat entre les secteurs privé et public pour renforcer les programmes d'éducation culturelle et aussi la sécurité sociale pour les artistes...

Il propose même d'encourager les échanges avec les artistes étrangers pour combattre la xénophobie qui s'est amplifiée dernièrement. On verra peut-être des artistes iraniens ou afghans, nord-coréens ou même syriens travailler avec des artistes américains...

C'est donc normal pour un homme qui écrit de la poésie et qui fréquente des artistes tels que Bruce Springsteen et d'autres, de constituer un groupe fait d'artistes professionnels actifs pour le conseiller dans sa tâche. Ca change du fameux : «Qui n'est pas avec moi est contre moi» !

Il y a une phrase de feu Coluche que j'aime bien: «L'amour rend fou ; il n'y a que la guerre qui Rambo »

Merci et à bientôt.
BOUHIOUI

 

Note : Depuis jeudi dernier, je participe à une chronique intitulée ‘De toutes les couleurs' dans le journal Aujourd'hui le Maroc. Ma chronique apparaîtra chaque jeudi. Pour lire celle de cette semaine, titrée ‘Le fantôme du papier peint', cliquer sur le lien suivant : http://www.aujourdhui.ma/chroniques-details65092.html

Techniques d'impression
(Num.48 BOUHIOUI) 15 novembre 2008

Mardi dernier j'ai visité une exposition d'estampes de Francisco de Goya au Cervantès de Casablanca. J'ai d'abord cru qu'on exposait des photos de ses œuvres originales mais apparemment il s'agissait d'empreintes réalisées à partir de matrices originales!

A ma connaissance, on détruit les matrices après les avoir utilisées un nombre déterminé de fois et numéroté les ‘originaux'... Enfin bref, tant mieux si Goya n'a pas détruit les siennes.

Je me suis alors dit qu'un bref rappel de quelques-unes de ces techniques serait le bienvenu pour certains. En fait les noms de certaines techniques ont évolué avec le temps, mais pour garder ce texte léger et éviter d'ennuyer ceux qui connaissent déjà ces techniques-là, je vais réduire les définitions au minimum :

Estampe
Une estampe est l'empreinte réalisée à l'encre sur un support souple à partir d'une matrice.
Sérigraphie
La sérigraphie est une technique d'imprimerie qui utilise des écrans de soie interposés entre l'encre et le support.
Lithographie
C'est une technique d'impression basée sur un tracé exécuté à l'encre ou au crayon sur une pierre calcaire.
Lithogravure
Elle consiste à graver en creux (ou en relief) des plaques de pierre.
Xylographie
La xylographie est la gravure sur bois.
L'héliogravure
L'héliogravure est un procédé d'impression en creux par lequel l'encre est transférée directement depuis un cylindre métallique gravé vers le support.
La typographie
La typographie est l'art d'assembler des caractères mobiles afin de créer des mots et des phrases.
Eau-forte
Elle est basée sur l'utilisation d'une matrice de cuivre, de zinc ou d'acier recouvert d'une substance résistante aux acides (de nos jours on utilise généralement des vernis)

Evidemment il y en a d'autres !

Merci et à bientôt.
BOUHIOUI

 

 


Le fantôme du papier-peint
(Num.49 BOUHIOUI) 22 novembre 2008

À quoi pense un artiste au moment où il décide de créer ? Pense-t-il uniquement à son art ? Ou alors, pense-t-il à la fois à son art et au jugement des autres ? Ou encore, peut-être pense-t-il uniquement aux autres ?

À quoi pense un peintre lorsqu'il est face à une toile vierge ?

Pense-t-il à exécuter ce qu'il voit avec une précision photographique ? Ne négliger aucun détail ? Se concentrer uniquement sur sa technique ? Le faire uniquement par amour, même si ce n'est plus à la mode ? Ou peut-être pense-t-il reproduire sur la toile le résultat plus ou moins fidèle de ses voyages imaginaires aux sources de ses émotions ? Pense-t-il uniquement à souligner son don de faire percevoir l'invisible, l'impalpable, l'essence de son monde intérieur ? Laissant ses mains exécuter sa volonté, réaliser sa vision sans faux lyrisme ?

Pense-t-il travailler sans penser au marché ? A l'argent ? Sans se poser de fausses questions, en créant avec franchise et humilité ? Sans se soucier du jugement des gens ? Se convainc-t-il que le travail authentique et honnête finit toujours par payer -même si cela arrive parfois trop tard ? Pense-t-il que la mode est l'opposé de l'originalité et de la créativité, laissant ainsi libre court aux critiques d'art qui bâtiront peut-être des schémas pour situer son art dans telle ou telle influence ou courant en ‘isme'? Ou carrément lui en inventer un sur mesure ?

Ou alors, pense-t-il aussi au jugement des gens ? Se disant qu'il devrait continuer à se faire plaisir, être authentique tout en pensant à la mode, aux courants artistiques de son époque, à ceux qui vont juger son œuvre ? Aux potentiels acheteurs ? Leur faire plaisir en adaptant quelque peu ses idées, ses compositions et ses couleurs à leur goût ? Une sorte de compromis économico-artistique ! Pense-t-il que pour préserver la moitié de sa liberté il doit sacrifier l'autre aux caprices du marché ? Continuer à créer semi-librement en quelque sorte ?

Ou encore pense-t-il uniquement aux autres, ne créant que pour vendre ? S'affranchissant de toute culpabilité artistique lourde à porter ? N'ayant cure de l'originalité, la créativité, l'authenticité, et tous ces autres mots en ‘ité' qui ne sont bons que pour les rêveurs ?

Pense-t-il aux draperies, aux tapisseries, aux meubles et aux larges murs des somptueuses demeures ? Celles des gens et des organismes capables de s'offrir ses œuvres ? Pense-t-il utiliser des couleurs ‘épices' pour assortir avec les rideaux des maisons traditionnelles? Ou peut-être des pastels pour accompagner la dernière mode ? Pourquoi ne pas tout badigeonner de blanc ou blanc cassé pour assortir son œuvre avec la majorité des murs de ces mêmes glorieuses demeures? Ramener son œuvre à la fonction que je qualifierais de ‘papier-peint' de luxe?

L'artiste sait que la mode est, par définition, condamnée à mourir et que seul l'Art est immortel, mais saura-t-il vaincre ce fantôme qui rôde partout : celui de l'œuvre papier-peint ?

Hamid Bouhioui


Reactions :

Lahlou Claudine
reply-toLahlou Claudine tohamid h-bouhioui

dateSat, Nov 22, 2008 at 9:48 PM
subjectRe: Le fantôme du papier-peint
mailed-bymenara.ma  hide details 9:48 PM (16 hours ago) Reply

Excellent papier !
J'avais déjà fait le lien dans mon site vers votre article de journal . Mais puis-je intégrer cet article directement dans mon site ?
merci
Claudine

 


SALIMA RAOUI
reply-tosalimaraoui@yahoo.com tohamid h-bouhioui

dateSun, Nov 23, 2008 at 10:26 AM
subjectRe: Le fantôme du papier-peint
mailed-byyahoo.com signed-byyahoo.com hide details 10:26 AM (3 hours ago) Reply


j'adore toujours ce que tu écris
c'est juste et dans le mille

de mon coté je ne peux que te dire ce qu'à quoi je pense moi quand je peins
je veux créer des oeuvres Louanges, à Ce qui me traverse quand je peins ....tout simplement


qu'elles se vendent ou pas
suscite l'intérêt du public ou pas
me proclament ou m'aclament dans un "isme" particulier
s'en inventent un sur mesure
me marginalisent de part ma voix unique
me permettent de m'acheter la maison de mes rêves

elles peuvent servir à cela ou au contraire m'en éloigner à tout jamais
elles ne m'appartiennet pas
je ne les dirigent pas
je ne suis que leur humble serviteur

et je suis ponrfodément reconnaissante qu'elles choisissent de passer par moi
car c'est un privilège que de pouvoir les porter et les accoucher
que une vie à leur consacrer n'est pas suffisante
elles ont toujours quelque chose à me dire de nouveau,un mystère de plus à livrer

ce fantome qui nous habite si nous lui donnions plus la parole en dépis de ce que le monde attend de nous, nous demande, nous tente, nous aliène!!


merci de m'avoir provoquer cet "hommage"

salima raoui

ps je n'ai pas pu venir au vernissage, un conflit intérieur m'en a empêchée, prôche de tes reflexions, ve n'est que partie remise, un thé ou café? hors galerie et jetsetters

 

 

 

 

La conquête de l'art
(Num.50 BOUHIOUI) 29 novembre 2008

Depuis l'antiquité, des dizaines d'empires se sont suivis ou croisés dans les labyrinthes de l'histoire humaine. Certains se sont étalés d'est en ouest, d'autres du nord au sud et d'autres en diagonale. Ils se sont tous développés en conquérant des terres et des gens, des cultures et des religions, le plus souvent par la force et la violence.

Certains ont vécu durant deux millénaires tels que l'empire céleste chinois, tandis que d'autres ont eu une existence éphémère comme celui d'Afrique Centrale. Mais dans tous les cas, l'un après l'autre, ils ont tous fini par s'éclipser, ne laissant derrière eux que le contour de leur existence.

Jamais aucun empire n'a pu couvrir la terre entière. Ni l'empire Akkadien, ni l'Assyrien ni l'empire Romain, ni le Byzantin, ni l'empire Grecque, ni l'Ottoman, ni celui des Arabes ou des Perses, ni celui de Grande-Bretagne.

Aucun ! Ni les vieux ni les récents empires coloniaux n'ont pu conquérir la terre entière!

Mais rendez-vous compte comment, depuis la nuit des temps, l'art a poursuivi son indicible expansion à travers le monde et a fini par conquérir la terre de long en large, en n'épargnant aucun peuple, aucune culture, aucune religion, aucune époque ! Observez comment l'empire de l'art a pu conquérir la planète entière sans violence.

C'est un empire fait de gens ordinaires, mais aussi de starlettes et de méga stars, comme De Vinci ou Mozart. Alors que certains artistes ont des philosophies ou des motifs qui les poussent à créer et donc d'en être citoyens, d'autres l'honorent par leur simple présence en tant qu'artistes, par leur simple appartenance pacifique et tranquille.

« Etre un artiste c'est comme vivre en Suisse durant la deuxième guerre mondiale. » disait Tom Stoppard.

L'empire de l'art a des citoyens absolument partout sur la terre. Pour en devenir citoyen, on s'y inscrit volontairement, en créant, en travaillant. On choisit de devenir citoyen sans que personne ne nous l'impose. Même l'Islande, cette petite région qui n'aurait jamais fait partie d'autres empires, est peuplée d'artistes !

Les citoyens de l'empire de l'art parlent toutes les langues qui existent. Ils sont citoyens uniquement parce qu'ils créent. Des citoyens actifs. C'est donc un univers d'activité et non de passivité. Une activité très privée, presque comme une prière que chaque artiste pratique tranquillement chez-lui ou dans son atelier. Leurs œuvres, sans être nécessairement comprises, peuvent être universellement émouvantes !

J'ai failli intituler cet article « l'empire de l'art » mais j'ai hésité car un empire est un ensemble de régions dirigées par un empereur avec un pouvoir centralisé, contrairement à l'art qui est un empire sans aucune autorité supérieure. Un empire fait de gens libres qui ne peuvent faire que du bien, y compris aux non-citoyens ! Sa contribution et son influence resteront jusqu'à la fin des temps. En continuant toujours à s'élargir et embellir le monde.

Merci et à bientôt
BOUHIOUI

 

 

 

Sky is the limit

(il n’y a pas de limite)(Num.51 BOUHIOUI) 06 décembre 2008 Je sens que dans une à deux décennies,  le Maroc, cette terre privilégiée où s’exhalent mille parfums, où éclatent mille couleurs et où naissent des artistes chaque jour, verra un de ses artistes s’élever au rang des plus grands esprits de l’histoire humaine !  Mais j’ai aussi le désagréable sentiment qu’un petit sourire moqueur est entrain de se dessiner sur certains visages... Non je ne suis ni trop rêveur, ni trop idéaliste. Je suis réaliste. Si je vous disais que la prochaine navette spatiale ou que le concurrent du Airbus380 serait fabriqué et décollerait bientôt du Maroc, là oui, je vous accorderais le privilège de vous moquer de moi. Car pour faire décoller une navette spatiale, il faut non seulement de grands esprits, mais aussi une infrastructure hors du commun, une organisation impeccable du travail en équipe. Et ça, visiblement, nous en sommes encore loin. Surtout pour le travail en équipe qui, chez-nous se traduit plutôt par une franche destruction mutuelle. Mais cela s’arrangera, il n’y a aucun doute là-dessus, sauf que vous et moi ne serons probablement plus là pour en témoigner… Cependant, pour faire un ‘mega-artiste’, cela nécessite un grand esprit certes, mais pas l’infrastructure d’une agence spatiale !  Avec la disponibilité des matériaux, et l’abondance d’acteurs culturels de mieux en mieux organisés, c’est sûr que cela arrivera. Sûr qu’un artiste marocain arrivera à universaliser son œuvre au point d’influencer le cours de l’histoire de l’art! J’ai confiance en l’art marocain ; cet art qui n’est pas un, mais pluriel, multiple, universel, à l’image de son histoire et de son peuple… Matisse, Majorelle, Delacroix et bien d’autres le savaient. Au milieu de cette nébuleuse d’artistes de tous genres et de toutes capacités, il y aura bien un esprit capable de se transformer en noyau dur de l’art mondial ! Un artiste qui n’a cure des complexes d’infériorité hérités du passé. Un artiste qui sait se défaire de toutes les rigidités mentales dans lesquelles il a grandi. Un artiste qui travaille sans jamais cesser de chercher, remettant continuellement son art en question. Maîtrisant sa technique et connaissant parfaitement le système de production et de diffusion artistique, ainsi que les enjeux philosophiques, économiques, politiques, sociaux et culturels du pays. Un artiste qui sait que les dons naturels sont comme les plantes : il faut les arroser pour qu’elles poussent. Un artiste qui sait que rien ne vient facilement et qu’on ne réalise que ce qu’on est déterminé à réaliser. Un artiste en permanente compétition avec lui-même, avec son niveau intellectuel précédent. Un artiste déterminé et tenace ! « Ma force vient de ma ténacité » disait Louis Pasteur. Un artiste qui ne se contente pas de la moyenne. Qui sait que l’Homme est capable de ce qu‘il ne peut même pas imaginer ! Qu’il n’y a pas de limite à l’ingéniosité humaine ! Pas de limite à ce que l’on peut réaliser. «Sky is the limit» disent les Anglophones.  Merci a tous !BOUHIOUI

L’art ringard
(Num.52 BOUHIOUI) 13 décembre 2008

"On est en 2008, il faut se réveiller c'est fini la figuration, c'est des ringards qui font encore la figuration, il faut suivre la mode". C’est ce qu’a littéralement dit un jeune tout droit sorti d’une école d’art, sentant encore l’odeur fraîche des examens et rattrapages, à Assya, une artiste et galeriste à Casablanca!

Trois grosses bourdes dans une même phrase : 1- Les adeptes de la figuration sont des ringards 2- La figuration est finie 3- L’artiste doit suivre la mode ! Waw, c’est du concentré !

Au début de la carrière du compositeur Brahms, certains critiques d’art disaient que sa musique était ringarde ! Mais voilà que personne ne se souvient de leurs noms alors que l’immortelle musique de Brahms, est encore célébrée, jouée et écoutée partout dans le monde!

Combien de fois, dans l’histoire, des visionnaires ignares ont-ils enterré la peinture figurative ? ! Et elle est toujours là, comme le phœnix ou même mieux car elle s’est relevée de ses cendres plus d’une fois! La figuration est un acte naturel ! C’est le plus vieux de tous les arts. Je dirais même, que tout ce qui n’est pas figuratif est nécessairement dérivé du figuratif, l’origine de tous les courants y compris évidemment l’art abstrait.

Je ne cherche pas à défendre la figuration, elle n’a pas besoin de mon aide pour prospérer, mais je dis simplement qu’elle est vivante et qu’à mon avis elle ne disparaîtra jamais, et si jamais elle disparaissait, il y aurait fort probablement des nostalgiques qui la feront revivre. C’est ainsi !

D’un autre côté, la diversité est nécessaire, car si la peinture se limitait à recopier des objets, les photocopieuses seraient les meilleurs artistes de tous les temps. Représenter chaque feuille sur un arbre ou chaque cheveu sur une tête, prend beaucoup de temps, tout en étant une tâche ingrate.

De toute façon, qui veut ou peut vraiment copier la nature exactement ? « Le plus petit bout de nature, est infini », disait Nietzsche.

Que dire des autres types de figuration : La figuration libre, la figuration narrative, la nouvelle figuration etc.…et il en naît tous les jours !

Quant à la mode, je le répète: si l’artiste suit la mode, qui va créer ? La mode c’est ce qu’on adopte quand on manque de confiance en soi, quand on ne sait pas qui on est ni quoi créer. La mode est faite pour être démodée! Divers types de modes naissent et meurent tellement rapidement qu’on n’a même pas le temps de les apprécier!

« L’art produit des choses moches qui embellissent avec le temps pendant que la mode produit de belles choses qui deviennent obligatoirement moches avec le temps » Jean Cocteau.

Il ne s’agit pas de passer sa vie à éviter la mode, car celui qui fait tout pour éviter quelque chose en devient lui-même l’esclave ! Mais que chacun suive simplement son propre chemin et si celui-ci devenait mode ou coïncidait avec elle, alors pourquoi pas ? 

Et moi je dis ceci : « L’artiste ne suit pas la mode, c’est la mode qui le suit »

Merci à tous et à bientôt
BOUHIOUI

 

 


Casablanca
(Num.53 BOUHIOUI) 20 décembre 2008

J’aime beaucoup Casablanca durant la période des fêtes d’Al Adha (fête du mouton) car elle se vide d’une bonne partie de sa population. Beaucoup de gens rentrent chez leurs familles partout au Maroc et la ville plonge dans un calme relatif très spécial.

Plus jeune, j’adorais marcher partout dans Mers Sultan, traverser le centre-ville de long en large, admirer le patrimoine architectural des années 30 à 50 réalisé par certains des plus grands architectes de l’époque. Alors pendant près d’une semaine, Casablanca redevenait la paisible cité blanche, tendrement ensoleillée, s’étalant le long de l’atlantique et sentant l’iode partout, jusque dans les nombreux espaces vides -parfois verts, dont elle était parsemée. Nous vivions à la fois en ville et à la campagne.

Jeune étudiant en France, j’allais régulièrement visiter les musées parisiens, et malgré la fascination que me procurait la ville des lumières, je continuais à insister que Casablanca était la plus belle ville du monde. Par nostalgie, de toute évidence. J’oubliais la pollution, le bruit et la poussière pour ne plus y voir que les maisons blanches, les bouts de forêts et les petites rivières d’eau fraîche qui traversaient la ville et qu’on a fini par enterrer.

Plus tard sur la côte ouest nord-américaine, lorsque je disais que j’étais de Casablanca, on me répondait infailliblement : ‘Wow, it’s romantic !’ Evidemment, ce n’est pas de la ville qu’ils parlaient mais de ‘Casablanca’ le film réalisé par Michael Curtiz en 1942, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Un film considéré par beaucoup comme le meilleur film de l’histoire du cinéma américain, jusqu’en juin 1998, où le ‘American Film Institute’ l’a classé 2ème après ‘Citizen Kane’.

Léon L’africain (1488-1548), évoquant la destruction d’Anfa par les  Portugais en 1469, en disait ceci : «Très policée et prospère parce que son territoire était excellent pour toutes sortes de céréales. En vérité, c’était le plus beau site de toute l’Afrique» Il pensait aussi que plus jamais personne n’allait y habiter : «…dans un tel état qu’il n’y avait plus d’espoir qu’elle soit jamais habitée à nouveau» Et c’est vrai que Anfa est restée inhabitée pendant près de trois siècles avant de renaître sous le nom de Casablanca.

Aujourd’hui, certains disent que Casablanca est trop neuve, immature ! Mais pensez-y, Mozart était immature, l’Amérique est considérée comme immature par le vieux monde auquel elle vient justement de donner une bonne leçon de démocratie en élisant Obama.

Alors à l’image de l’Amérique, Casablanca est une ville étonnante et qui continue à surprendre tout le monde. Côté art, on y voit s’ouvrir des galeries d’art presque chaque mois. Et pour tout vous dire, j’y ai vécu les vernissages les plus somptueux et les réceptions les plus professionnelles de tout le pays !

Après les affaires, Casablanca est entrain de devenir le noyau dur de l’Art marocain.

Merci.
BOUHIOUI

 

Noms et conventions
(Num.54 BOUHIOUI) 27 décembre 2008

Beaucoup de gens confondent art moderne avec art contemporain et même art abstrait. Et c’est vrai que les noms qui leurs sont donnés n’aident pas. Les mots moderne et contemporain sont souvent présentés comme synonymes, même si contemporain signifie simultané à quelque chose ou quelqu’un et donc pourrait designer n’importe quelle époque de l’histoire.

Mais nous autres artistes actuels, n’avons pas le choix. Maîtriser l’art de notre art ne suffit plus. Nous devons savoir comment les choses s’appellent et les appeler par leurs noms conventionnels.

Comme nos prédécesseurs, pour gagner le respect de nos contemporains, nous n’avons pas le droit d’ignorer les principaux mouvements de l’histoire de l’art. Sauf que nous en avons beaucoup plus qu’eux à connaître ! Le vingtième siècle à lui seul nous a légué plus de noms de mouvements artistiques que tous les siècles précédents réunis.

Il y en a tellement ! En voici quelques-uns dans le désordre, tels qu’ils me viennent à l’esprit: art abstrait, impressionnisme, expressionnisme, art moderne, art déco, art nouveau, Bauhaus, art byzantin, art islamique, art romain, art contemporain, réalisme, surréalisme, hyperréalisme, cubisme, dada, fauvisme, fantaisie, futurisme, illustration, minimalisme, orientalisme, pointillisme, rococo, symbolisme, baroque, naïf, renaissance, digital, pop art, romantisme… et je suis certain d’en avoir oublié au moins autant!

Peu de gens connaissent tous ces mouvements malgré le fait qu’aucune génération avant nous n’a eu autant de bons livres à sa portée. Il n’y a jamais eu autant d’opportunités, de facilités et d’information gratuite (Internet), pour les artistes.

Sans vous infliger de longs détails, pourquoi ne pas rappeler les définitions qui posent le plus de problèmes aux gens, à savoir : moderne, abstrait et contemporain.

- L’art moderne: On considère généralement qu’il débute en 1907, avec Les Demoiselles d'Avignon de Pablo Picasso et s'achève au milieu des années 1960, avec l'apparition des mouvements tels que le Pop Art et autres, racines de l'art et du vocabulaire actuel de l'art dit contemporain. L'art moderne se différencie dans sa volonté d'autonomie et aussi dans la naissance de la critique d'art.

- L’art abstrait: Le peintre Vassily Kandinsky en est le fondateur. Il a peint sa première aquarelle abstraite Sans titre en 1910. L'art abstrait est une forme d'art qui n'essaie pas de représenter le monde sensible. Il se passe de modèle et s'affranchit de la fidélité à la réalité visuelle; ne représente pas de sujets ou d’objets du monde naturel, réel ou imaginaire, mais seulement des formes et des couleurs pour elles-mêmes.

- L’art contemporain: La majorité des ouvrages considèrent qu’il débute en 1945 et va jusqu'à nos jours, mais de plus en plus souvent, le terme art contemporain est utilisé uniquement pour des artistes encore vivants et actifs ou pouvant encore l'être, ce qui place le début de cet art dans les années 1960.

Merci
BOUHIOUI

 


L’art du risque
(Num.55 BOUHIOUI) 03 janvier 2009

Etre artiste est une énorme prise de risque que seuls des passionnés se permettent ! Choisir ou se laisser entraîner dans un style plutôt qu’un autre est un grand risque. Exposer ses œuvres, ses idées, ses rêves et ses convictions devant les autres et donc s’exposer à leur critique subjective, dépendant de leur culture, de leur environnement et de leur condition sociale est aussi un grand risque que l’artiste prend de manière régulière. Qu’il soit écrivain, poète ou peintre, à chaque image que l’artiste crée, c’est sa propre image qu’il risque.

Bien sur, il y a divers types de risques. Et malgré la difficulté dans la gestion du risque, du fait que l'événement concerné se situe dans le futur, on peut très bien l’identifier, c'est-à-dire, parmi les signaux faibles détectés, reconnaître ceux dont les risques potentiels sont importants.

Un risque peut donc être estimé, contrairement à l’incertitude qui est une perte potentielle non quantifiable. Les risques calculés, pris par une compagnie d’assurance ne sont pas les mêmes que ceux, démesurés, pris par ces jeunes sud-africains de Soweto que l’on surnomme ‘Train-surfers’ et qui ‘dansent’ au-dessus et autour de trains en mouvement !

Mais chez-nous les artistes, il est souvent très difficile d’évaluer le risque que l’on prend en franchissant un pas ou en prenant un virage. En plus, la sensation du risque est un phénomène très subjectif, voire irrationnel, lié à la façon qu'a chaque artiste de percevoir une situation dans son environnement, ce qui dépend pour une bonne part de son capital culturel et de ses intérêts.

Quelques fois prendre un tout petit risque peut s’avérer très nuisible. Et inversement, un risque qui est potentiellement, artistiquement suicidaire pourrait au contraire donner la vie éternelle. C’est le cas de Marcel Duchamp quand il a osé exposer un simple urinoir de ceux que l’on fabrique en série. Un urinoir qui, au lieu de lui attirer la foudre de la critique et le mépris des gens ordinaires, l’a rendu ‘artistiquement’ immortel !

Je pense que cette incertitude accompagnant le risque chez les artistes crée une situation propice à la créativité. Le fait de passer d’une technique à une autre, d’une idée à une autre, d’un matériau à un autre ou d’un support à un autre, évoque de nouvelles perceptions et force donc les artistes à oser de nouvelles choses, à prendre des risques.

Quand un artiste ose quelque chose de nouveau et qu’il a l’élégance de vouloir réussir, il apparaît souvent et spontanément une sorte d’énergie, de détermination et de courage pour l’y aider.

C’est en étant craintif, en ayant peur de l’échec que l’on cesse d’apprendre et de créer !

Mark Rothko (1903-1970, peintre connu comme ‘expressionniste abstrait’) disait que l’art est une aventure dans un monde inconnu qui ne peut être exploré que par ceux capables de prendre des risques ! De même, T. S. Eliot (1888-1965, Poète) disait que seuls ceux qui osent aller trop loin savent jusqu’où ils peuvent aller…

Merci et à bientôt
BOUHIOUI

 

 

Email : Bouhioui@yahoo.com